Elles s’appelaient Mam Goz

C’étaient de bien belles personnes. Comme ce mot est curieux : “personne”. Il résonne de tant de sens, du plus insignifiant au plus noble. Bien sûr, le nom de Mam Goz, pour qui ne comprend pas le breton, se revêt d’un accent folklorique, d’un sens désuet, voire péjoratif lorsque certaines “précieuses ridicules”, des temps dits modernes, le rattachent au personnage caricatural d’une “Bécassine” naïve et soumise.
Car l’image d’une mam goz, terme breton pour désigner la “grand-mère”, littéralement  “vieille maman” s’apparente pour moi, qui devient chaque jour un peu plus âgé, à celle de cette sagesse qui manque cruellement à beaucoup de nos jeunes dirigeants d’aujourd’hui, imbus de leurs personnes et si pétris de fausses certitudes.

Une image, contre des mots, du tic-tac de l’horloge de la chaumière, cher à Jacques Brel, aux paroles des chansons de Brassens, à la condescendance de jeunes premiers de cordée qui pensent que le nouveau monde vient de débuter avec leur intelligence si artificielle, preuve s’il en est que leur propre réflexion sur le monde se confond avec l’instruction qu’ils ont accumulée au cours de leur courte existence.

Lorsqu’il ne reste que les mots pour décrire la présence éternelle d’une absence, l’image d’une mère attentive, d’une épouse au caractère jeune malgré les affres du temps, l’esprit d’une Mam Goz toujours prête à consoler, à câliner, doit rester présent dans la mémoire de chacun d’entre nous. Car, dans toutes régions de France comme dans celles du monde, la place des anciens est essentielle à l’équilibre de nos sociétés. Femmes du passé, elles incarnent pourtant cette soif d’espérance d’un avenir qu’elles souhaitent meilleur pour leurs progénitures. Alors, comme le rappelait Jean Ferrat dans l’une de ses chansons tirée d’un poème d’Aragon, gageons, qu’encore longtemps, la femme reste l’avenir de l’homme, pour le protéger de ses vanités.
Aujourd’hui, il pleut dans ma vie, mon pays est en feu et mes Mam Goz sont parties.