A propos Paul Kersaudy

Pratique la photographie en amateur, le théâtre et aime jouer avec les mots ...

Le grand lazaret (1)

C’est l’année du Pangolin, l’horoscope chinois l’avait prédit. Il faudra boire le calice jusqu’à la lie.
Car nous voici bientôt au mois de Noël et ce matin, sous mes fenêtres, les yeux ébahis, je revois le spectre du virus réincarné en guirlandes de bougies … Quel humour !
Quel frelon asiatique a donc pu piquer l’esprit des services techniques de la ville pour avoir une imagination aussi fertile ?

Vingt cinquième jour de reconfinement. Avec les 56 jours du printemps dernier cela porte désormais le compteur de mon incarcération forcée à 81 jours. Deux quarantaines de privations de ce droit fondamental à se déplacer en toute liberté, de jouir des plus beaux jours d’une vie de paisible retraité. L’âge avançant, on devient, paraît-il, de plus en plus pressé, car la porte de la sortie approche à grand pas. Pourtant, il reste encore tant de choses à faire, tant de projets à concrétiser.

Ce matin je pense à tous ceux et à toutes celles qui sont fatigués d’attendre. Fatigués comme cette grande roue du temps, las de tourner en rond. Même la pendule de ma salle de bain vient à me lâcher. Elle aussi doit être en colère ou bouder car elle refuse à me donner l’heure.
A quoi bon puisqu’il n’y à rien d’autre à faire, qu’attendre. Rien à faire, rien à dire. Le silence du Rien. Que ce mot sonne mal à mes oreilles.
Prisonnière comme moi du temps qui s’arrête, ma pendule n’émet qu’un faible tic-tac poussif. Ses piles doivent être usées. Ses aiguilles refusent résolument d’avancer. Une seconde elle avance, hésitante, une seconde elle recule. A bout de force, de souffle, comme tous ces malheureux qui, sur les lits d’hôpitaux attendent … La vie suspendue au bruit du clic-clac d’un respirateur artificiel, résonnant dans l’inconscient de leur mémoire comme le bruit de ce gonfleur avec lequel enfants ils jouaient à faire respirer leur matelas de plage ou leur bouée.

Mais à quoi donc peut-on encore rêver lorsque l’on est enfermé, cloîtré, prisonnier d’une chambre d’hôpital, alité ? Le monde serait-t-il devenu un immense lazaret ?

Mon esprit vagabonde soudain. Je revois le visage de ces infirmières, de ces aides soignantes dévouées, de ces aidants transparents, à qui parfois il ne reste plus qu’un regard ou une main à tendre pour transmettre la force de lutter. Hier on les applaudissait à 20h. Aujourd’hui, c’est couvre-feu, le silence imposé.

Alors il reste l’humour, l’hydroxychloroquine du cerveau, et la poésie pour voyager.
Encore faut-il trouver des livres car les librairies, ces « Temples à rêver » restent aussi résolument fermés, heureusement mes étagères sont un peu fournies.

Soudain, on sonne à ma porte, c’est le facteur qui me remet un courrier.
J’ouvre frénétiquement l’enveloppe et découvre, médusé, une curieuse invitation à voyager…
Alors cette fois-ci, c’est décidé, demain je fais mes valises et je pars pour la Chine, sur les traces d’un dénommé Guo Ba Tsin. Et vous, voulez-vous m’accompagner ?

C’est une Maison Blanche

S’il est une Maison Blanche aujourd’hui dans la tourmente,
il en est une, plus paisible …


C’est une Maison Blanche

Aux couleurs d’arc-en-ciel
Ouverte aux vents du large.

Fenêtre sur le monde
Elle en a vu passer
Des marins vagabonds
Blancs, noirs ou jaunes
Libres, errants ou confinés.

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La brise du Goulet
Caresse le rivage

De ses clapots légers.

La grève, saupoudrée de coquillages
Où crissent mes souliers
N’est qu’un champ de galets.

Tel un fantôme sortant de nulle part
La « Reine des Quais »
Élégante et silencieuse
Passe
à pas feutrés.

Blanche et pacifique
Revenant de voyage
Rêve d’un nouveau monde
Enfin mieux
éclairé.

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