A propos Paul Kersaudy

Pratique la photographie en amateur, le théâtre et aime jouer avec les mots ...

Pèlerinage en bonne compagnie

Il faisait beau samedi 19 septembre 2020, sur la pointe bretonne tournée vers l’océan.
Juste un petit brouillard, tel un écrin feutré ou mer et ciel se confondent dans une douceur automnale.
Notre jeune guide rayonnait de plaisir à nous raconter la mer, cette mer fascinante du bout du monde, balayée au rythme des marées, toujours changeante, imprévue et si souvent meurtrière.
L’Enez Sun était bondé, plus une place de libre. Les derniers touristes de la saison estivale, parfois grincheux, fébriles à l’idée de côtoyer l’enfer, s’agglutinaient masqués le long du bastingage, comme par crainte que le graal ne leur échappe. La quiétude des lieux laissait place un instant à l’excitation irraisonnée de nos temps, dits modernes.

Au passage du Raz de Sein, encore hanté de nos jours par les récits d’Anatole le Braz aux accents d’improbables vérités, les photographes d’un jour se bousculaient, pour immortaliser les phares moribonds, de la Vieille, de Tévennec et un peu plus tard de l’Armen.

Ainsi va le monde turbulent des humains, assoiffés de sensations fortes et de frénétiques désirs de toucher les étoiles.

A chacun son Taj Mahal. Pour certains, cela sera peut être la Mecque, les chemins de Compostelle, Saint-Pierre de Rome,  les pentes du Tibet ou, pour les plus  inspirés, un village Amish, perdu au fin fond d’une campagne de Nouvelle Angleterre.
Pour moi, ce sera simplement et toujours mes endroits préférés. Ceux de Tévennec, de l’île de Sein  et l’Armen, où j’aime à revenir, loin des paradis terrestres des eaux chaudes de Polynésie et des inaccessibles terres qui nous sont si souvent promises.

Merci à vous Lorraine, notre guide du jour, pour cette belle prestation explicative sur la route des phares. Vos commentaires étaient tout simplement justes, poétiques, enthousiastes et plaisants à entendre, à écouter, religieusement, en fermant les yeux.
J’ai été très heureux de partager avec vous ces anecdotes concernant la vie de ceux qui furent mes aïeux gardiens de phares à Tévennec ou l’Armen. Cet arrière grand-père Allain Marie Ropart emporté par une lame sur le rocher de Tévennec, le 30 octobre 1908, soit deux jours après la naissance, sur le paisible caillou de l’ile de Sein, de la petite Yvonne qui vécue 85 ans, trompant ainsi les sinistres présages des esprits littéraires de l’époque, assoiffés de tragédies.

Car les historiens se trompent parfois en bâtissant leurs études sur des récits romanesques, tel l’extrait que vous avez lu, inspiré très probablement du roman de Louis le Cunff, « Feux de mer » dont je serais heureux de vous transmettre une copie, afin de que vous puissiez le comparer aux documents que je possède sur les circonstances des tragiques évènements familiaux.
Rassurez-vous je ne suis en rien fâché de ces inexactitudes. Vous me sembliez tellement investie dans votre exposé, celui d’une brillante conférencière, que le vieillard que je deviens chaque jour davantage était tout simplement heureux de partager quelques anecdotes intimes avec votre rayonnante jeunesse.

L’Homme a besoin de sensations fortes pour marquer son esprit … comme cette pauvre vache dont je me demande bien ce qu’elle pouvait brouter sur ce rocher maudit. Je ne pense pas un seul instant que la petite Yvonne y remplit un jour un seul de ses biberons de lait.Merci encore chère Lorraine pour ces agréables moments d’échange et cette belle balade en souvenir de mes aïeux. Transmettez aussi aux organisateurs de la Penn Ar Bed mes félicitations pour cette initiative originale de promenade commentée à l’occasion de cette Journée du Patrimoine 2020. Et à vous même, mes encouragements à continuer de découvrir le beau patrimoine maritime humain, si riche du passé de ces anciens qui furent les gardiens de nos vies.

Sur la route du retour, un dauphin me salua au passage, pèlerin des eaux d’Iroise, imperturbable ange des mers, compagnon de route des âmes errantes de la Baie des Trépassés.
A bientôt pour un prochain billet …

 

Sur la route des peintres

Cela faisait longtemps que l’idée me trottait dans la tête, celle de me rendre dans des lieux où jadis certains grands maîtres de la peinture avaient posé leur chevalet pour immortaliser de leurs pinceaux et palettes de couleurs ces paysages bretons qui me sont si familiers.

Retrouver un lieu à partir d’une peinture, chercher du regard l’angle de vue, le plus précisément possible, pour y poser à mon tour le trépied de mon appareil photo afin d’y trouver, à défaut du frisson et de l’émotion éprouvée par l’artiste, le simple plaisir du souffle de l’inspiration.

Bien évidemment, les paysages ont évolués depuis tant d’années, certains lieux ont été transformés au gré du temps, de la fantaisie des peintres. Certains tableaux ont été transformés, sublimés par l’imaginaire fécond des artistes. La perception du réel reste un mystère propre à chaque individu.

Quoiqu’il en soit, en partant de la plage du Ris pour me rendre au petit cimetière de Tréboul, en passant par Douarnenez situé dans le Finistère, ma collecte fut fructueuse et mon plaisir intense.

C’est à cette petite promenade en suivant le GR34, que je vous invite. Peut-être éprouverez-vous le désir de me suivre et de me proposer à votre tour des peintures à découvrir afin que je puisse compléter cet album estival.

Fuyant les grandes concentrations des stations balnéaires pour retrouver le simple plaisir d’arpenter les chemins de bord de mer que seuls les flâneurs aiment à contempler, je vais donc commencer mon périple par ce lieu qui m’a tant inspiré étant jeune, cette grande plage du Ris si souvent immortalisée.

Vue des Plomarc’h , falaise de la plage du Ris (vers 1909)

Première peinture à m’avoir inspiré, cette falaise du Ris qui longe la plage, représentée par Ernest de Chamaillard  (1862-1930) né à Quimper, élève de Gauguin.
Ce que l’on peut en observer aujourd’hui …
La seconde peinture, réalisée par Maurice Chabas (1862-1947) est une vue en hauteur de la plage du Ris.

Difficile de retrouver le point de vue exact, car la route est désormais bordée de constructions et les terrains aujourd’hui privatisés sont inaccessibles. Néanmoins, quelques compromis permettent encore sur les hauteurs des Plomarc’h d’avoir une vue plongeante sur la plage.

Sur cette photo on distingue, au pied de la falaise, quelques rochers. Je m’y rendrais à marée basse afin de me glisser dans la peau d’un enfant du pays, Jean-Marie Villard (1828-1899) né à Ploaré tout près de la plage. Son père menuisier-ébéniste fut l’ami du Dr Laënnec l’inventeur du stéthoscope, dont je fis le portrait dans un précédent article.

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Jean-Marie Villard fut un temps enseignant puis, quittant l’institution il devint photographe. Tout d’abord à Nantes puis à Paris où il rencontra Daguerre et Nadar avant de crée son propre atelier photographique à Quimper.
Suivant la trace du photographe, je ne pouvais que mettre mes pas dans celui de l’artiste… en retrouvant les rochers dont il fit un fusain et une huile dans les années 1896.

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En arrivant sur les hauteurs des Plomarc’h de beaux points de vue sur la baie de Douarnenez s’offrent aux regards des promeneurs. Inspiré par l’art japonais Henri Rivière  (1854-1951) fera une série de lithographies, d’aquarelles et d’estampes sur les paysages bretons dont Douarnenez et Tréboul.

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Le chemin de Plomar’ch mène à un petit hameau surplombant le port de Douarnenez.
Répondant au doux nom de « Petit Barbizon », ce lieu en dit long sur l’influence qu’ont pu avoir les paysages du pays Penn-Sardin sur les artistes peintres de l’époque, impressionnistes ou figuratifs du début du 20 ème siècle.

Au bout du quai, à l’endroit où jadis l’usine Rouge avait fait les beaux jours de Douarnenez, une vue sur le Rosmeur, immortalisé dans une peinture de Bernard Buffet (1928-1999) dans un style très reconnaissable.

Le port de Douarnenez (Rosmeur) en 1990

Un article ne serait pas suffisant pour évoquer tous les peintres qui au cours du 19ème et 20ème siècle ont posé leur chevalet sur les quais. J’ai le souvenir d’en avoir vu beaucoup jusque dans les années 60. La réputation de Douarnenez a fait des émules jusque dans les rangs des maitres Japonais comme en atteste cette huile prise en 1930 par Kamesuke Hiraga (1890-1971)  dans un lieu qui n’a pas beaucoup changé.

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Après avoir longé le port je traversai le pont pour rejoindre Tréboul et la superbe petite plage St Jean, au pied du cimetière marin, où j’avais rendez-vous avec Jules Breton (1827-1906). La chapelle est désormais cachée par les arbres.

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Enfin, pour clore ce petit article pictural, je me dirigeai vers le calvaire, reconnaissable car unique me semble-t-il à Tréboul, peint en 1895 par Renoir (1841-1919) qui parait-il séjourna dans une maison voisine.

Ce même calvaire sera à nouveau immortalisé en 1930, dans un tableau du peintre Anglais Christopher Wood (1901-1930). Si le lieu représenté dans la peinture de Renoir est complètement différent de la réalité, l’interprétation qu’en fera Chritopher Wood est remarquablement ressemblant à ce que l’on peut voir aujourd’hui.

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La petite promenade se termine ici… mais la route du Cap Sizun est encore longue. Probablement y ferais-je d’autres belles rencontres. A bientôt pour un autre voyage.

Garder le Cap

En terme de marine “Garder le Cap”, c’est bien connu, signifie tenir la barre ferme dans la direction voulue. Mais il est des messages subliminaux qui, en forme de trompe l’œil, peuvent avoir des significations différentes selon le point de vue d’où l’on se place pour les observer. La perception du réel est si subtile qu’il est parfois agréable d’en jouer.

Cela fait bien longtemps que l’auteur(e) de ces messages graphiques collés sur le pignon d’une vieille masure sur la route qui mène à Audierne (Finistère), ne s’était pas manifesté(e).
J’ai eu, par le passé, plaisir à publier quelques pages de blog sur le sujet, tant cette poésie discrète et éphémère me faisait penser à ces petits lutins qui, au beau milieu de notre chemin, attirent notre regard et nous interrogent au moment où l’on s’y attend le moins.

Là est le secret des artistes : interpeler. Chacun ira de son interprétation.
En ce qui me concerne, je ne pense pas qu’il s’agisse d’une invitation publicitaire à rendre visite à l’opticien du coin, mais une invitation à regarder où l’on met les pieds …
Car si le Capiste garde son territoire avec humour, la fée Malgwenn n’est jamais très loin. Elle vous prévient simplement que quelque soit la direction que vous prendrez, elle vous aura toujours à l’œil.

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