A propos Paul Kersaudy

Pratique la photographie en amateur, le théâtre et aime jouer avec les mots ...

Une entreprise originale (3)

En breton les “ribines” sont ces petits chemins de traverse que l’on emprunte parfois pour contourner une difficulté, prendre un raccourci ou simplement faire durer le plaisir du voyage.

C’est certainement ce qui a motivé ce collectif de 4 jeunes passionnés par le travail du bois pour créer un atelier atypique répondant au nom de “Ateliers Les Ribines”.
Conjuguant leurs savoir-faire autant que leurs talents, ces quatre jeunes (Chloé Juglard, Alban Dussin, Pierre Gréaume et Thomas Keller), âgés de 21 à 31 ans, viennent d’horizons professionnels différents : formation d’architecte, comédien-musicien, menuisier-ébéniste, originaire de Suisse, de Belgique ou de France, et déjà grands voyageurs.

Tous se sont rencontrés lors d’une formation de charpentier naval aux chantiers de l’Enfer de Douarnenez durant la période difficile de Covid 2020-2021.

De cette riche expérience professionnelle et humaine est née une amitié et une solidarité forte qui s’est traduite par un projet original : conjuguer leurs énergies pour créer leur propre “entreprise” en concevant et réalisant des productions atypiques, de l’aménagement intérieur, au travail sur mesure, en bois ou en matériaux de recyclage.

Mais comment s’y prendre lorsque l’on est jeune, sans beaucoup de moyens financiers sinon la richesse de sa jeunesse et comme seul bagage une caisse à outils ?
A n’en pas douter l’enthousiasme permettrait aux âmes bien nées de franchir des montagnes. Déjà quelques donateurs, sensibilisés par leur démarche, leurs ont léguer quelques machines outils et des matériaux de constructions. Un exemple de soutien qui peut être encouragé par ceux qui liront cet article.

C’est aux Ateliers Jean Moulin qu’un jour d’automne 2021 je faisais la rencontre de cette équipe attachante qui semble déjà avoir un plan de charge et de solides projets qui restent à concrétiser.

Un bel exemple à suivre. L’avenir appartient à ceux qui savent se retrousser les manches.

Bon vent à ce bel équipage ! 

Une entreprise originale (2)

Pour un retour aux sources, je ne pouvais rêver mieux. Après tant d’années d’inactivité le canoë devenait encombrant. Aussi, avais-je pris la décision de m’en séparer. Malgré mes nombreuses tentatives à lui trouver une famille d’accueil, j’allais me résigner à le détruire lorsque le hasard, une fois encore, vint à ma rencontre.

Esprit es-tu là ?
Probablement que l’esprit de résistance, incarné par le célèbre personnage Jean Moulin souffla en désespoir de cause.
Depuis 2018, le lycée, ayant fermé ses portes, poursuivait sa lente mutation. A présent, transformé en “Tiers Lieu”, il héberge plusieurs micro-entreprises ayant pour la plus part un lien avec l’artisanat. On y trouve un styliste, une céramiste et quelques autres initiatives menées par des jeunes auto-entrepreneurs. C’est ainsi qu’un beau jour d’automne, ma curiosité aidant, je devais rencontrer une petite équipe de jeunes charpentiers de marine.
Mon attachement à ce lycée, à sa mémoire et aux métiers du bois en général, devaient, une fois encore, avoir raison de ma curiosité. Enthousiasmés à l’idée que je leur lègue mon précieux canoë autant que son histoire, les jeunes m’ouvrirent les portes de leur atelier et me firent part de leurs projets …

En échappant à sa triste destinée le canoë revient donc à sa source. Après un toilettage minutieux entre des mains désormais expertes il est promis à une nouvelle renaissance.

Après une belle restauration le canoë attend sagement les beaux jours pour naviguer à nouveau.


La morale de cette petite histoire est que parfois, c’est en empruntant les ribines que l’on arrive à trouver les plus belles des réponses à ses questions. Vous avez dit “Ribines” ?

Justement, on y arrive …. mais avant que je vous présente la petite équipe, encore un peu de patience, ce sera pour le prochain billet !

Une entreprise originale (1)

Cette petite histoire pourrait avoir la forme d’un conte pour enfants sages. Elle est, une fois de plus, le fruit du hasard, ces moments savoureux que vous offre la vie et que l’on appelle simplement “Rencontres”.
Tout devait commencer en cette fin d’année scolaire 2005. Ce jour là, je me rendais le temps d’un week-end au Lycée Professionnel Jean Moulin sur la commune de Plouhinec en Finistère, répondant à une proposition originale de l’établissement intitulée “Un bateau, Une famille, Un Week-end”. 

L’objectif était de réunir les familles des élèves afin de réaliser en deux journées, l’assemblage d’un canot ou d’un canoé amérindien. Chaque famille, assistée par un ou deux élèves du lycée, avait comme défi de faire naviguer, le dimanche soir venu, l’armada d’embarcations sur le Goyen, rivière située à quelques encablures du lycée. Les travaux préparatoires de découpe et d’usinage des éléments de constructions avaient été réalisés en ateliers, par les élèves, dans le cadre de leur formation initiale.


Cette initiative était à mettre au crédit de Mr Bernard Ficatier, professeur de charpente navale dans l’établissement. Personnage talentueux et généreux dont la motivation première était de transmettre à ses élèves savoir-faire et enthousiasme. La presse et les médias avaient alors souligné la belle initiative et la météo étant au rendez-vous, la fête ne pouvait qu’être réussie.

Le dimanche soir venu, la parade nautique étant terminée, chaque embarcation prenait le chemin de sa famille d’accueil. Restait alors à peaufiner le travail, ponçage, peinture et soins d’entretiens réguliers car c’est bien connu, qui veut voyager loin doit ménager sa monture ! L’été étant passé, beaucoup d’embarcations auront plus ou moins bien résisté aux joies et enthousiasmes des premières fougues amoureuses. Certaines embarcations finiront, je l’imagine, au fond du Goyen, d’autres dans une déchèterie, les plus nobles d’entre elles auront peut-être droit de cité dans un cimetière marin. Quant aux autres, passant de mains en mains au fil des années, elles se perdront dans les dédales de l’histoire et de l’oubli, il en va ainsi des objets qui restent inanimés.

En ce qui concerne mon “navire”, que j’avais baptisée L.A.R, initiales célèbres de mes petits pirates préférés, sa destinée devait prendre un autre chemin.
Pendant plusieurs années, l’équipage étant indisponible ou simplement fatigué de longs voyages, le navire impérial resta sagement immobilisé au fond de mon jardin. Telles les embarcations “sous cocon” que l’on peut voir dans les grands ports de commerce ou de plaisance, qui attendent sagement qu’un armateur où qu’une fée providentielle n’attirent leur regard …

Nous sommes aujourd’hui en fin d’année 2021. Depuis 2005 beaucoup d’eau a coulé sous le pont du Goyen et le Lycée Jean Moulin qui a fermé définitivement ses portes à la rentrée 2018 s’achemine lentement vers une nouvelle destinée. Les bâtiments se sont métamorphosés en un « Tiers-Lieu » original ouvrant ainsi leurs portes à de nouvelles rencontres.
Comme s’il devait attendre une possible renaissance, mon canoé, tel un Phénix renaissant de ses cendres y trouva une nouvelle jeunesse … Mais ne soyez pas impatients, la suite sera pour le prochain épisode