Chevalet, le valet de l’âme

Dans le billet précédent je proposais un puzzle, avec comme indice la description suivante :

Arc-bouté sur une table
Je vibre de la tête au pied
Pour votre grand plaisir.

Vous avez certainement résolu l’énigme. Il s’agissait du chevalet d’un instrument à cordes, tel qu’on le trouve sur un violon, un violoncelle et bien d’autres instruments dérivés.
C’est une pièce maîtresse. Positionné perpendiculairement sur la table d’harmonie, le chevalet transmet les vibrations résultant du frottement de l’archet sur les cordes qui, à leurs tours, seront transmises à la barre d’harmonie et à l’âme pour que la caisse de résonance, servant d’amplificateur, en restitue enfin les sons.

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L’écoute de la musique est indissociable du plaisir de voir le musicien jouer en harmonie avec son instrument ou celui d’observer, dans le silence feutré de son atelier, un luthier travailler. Il est difficile de rester insensible à la beauté d’un violon dont la complexité de réalisation aura pour résultat de produire un véritable chef-d’œuvre autant agréable à regarder qu’à écouter.

S’il est vrai cependant que les formes particulières du chevalet ne sont pas faites par hasard et doivent répondre à des critères précis respectant les lois de la mécanique autant que celles de l’acoustique, chaque luthier aura à cœur de signer son œuvre par un design particulier qui rendra l’instrument unique en son genre.
Personnellement je trouve l’esthétique du chevalet singulière. Ses formes fantaisistes me font penser à celles d’une silhouette humaine. Tel un valet au service de l’âme, le chevalet porte donc le poids des notes jusqu’au plus profond de l’instrument. La magie opèrera lorsque l’âme du musicien et celle l’instrument vibreront à l’unisson.

Possédant une scie à chantourner, j’ai pris plaisir à reproduire un exemplaire de chevalet de violoncelle et lui modifiant cependant les dimensions pour les rendre plus extravagantes. Peut-être que le gabarit que j’en ai tiré me permettra de faire, par détournement d’objet, d’autres créations qui restent encore à imaginer. Je pense en particulier à une lampe de bureau, ou comme il me l’a été suggéré, un lutrin pour partitions musicales.
Mais peut-être que de votre côté vous auriez des idées à me proposer ou tout simplement vous les approprier pour votre propre plaisir. En ces temps de confinement, c’est à vous de jouer votre propre partition. Il suffit d’un morceau de contreplaqué fin ou d’un carton rigide. Celui que j’ai utilisé pour le gabarit avait une dimension de 30cm x 25 cm.
Alors puisque nous sommes dans le registre musical. Chantournons !

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Quels mots curieux ceux de « chantourné » ou « tarabiscoté » à l’image de la forme du chevalet. Tout les deux font pourtant partie du langage de luthier qui, en plus d’être une fine lame, est un poète des âmes. Comme quoi la poésie des formes et des choses rencontre parfois celle des esprits chantournés par les vers d’un Prévert ou les calligrammes d’un Apollinaire.

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