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A propos Paul Kersaudy

Pratique la photographie en amateur, le théâtre et aime jouer avec les mots ...

Poèmes bleus

Le bleu, c’est bien connu, est la couleur de la sagesse.
Elle inspire le calme, la sérénité et la paix.

En ce matin d’été, le ciel bleu azur ne devait être perturbé qu’avec une belle chevelure nuageuse, me rappelant celle qui, il y a quelques mois encore, m’accompagnait sur ce magnifique GR34 qui longe la baie d’Audierne, de l’embarcadère de St Evette  jusqu’à la pointe du Raz. En continuant son chemin sur ce sentier des douaniers, le randonneur passera par les petits ports de Pors Loubous, de Feunten Aod, de Brestrée avant d’atteindre la pointe du Raz. Puis, descendant vers la baie des Trépassés, observant au passage la silhouette de la maison phare de Tévennec, il atteindra la pointe du Van atteignant ainsi la baie de Douarnenez, indissociable territoire de landes et d’anfractuosités de rochers qui font l’identité du Cap Sizun. Douarnenez, ville chère au poète Georges Perros, et à tant de personnalités singulières fermera la parenthèse Capiste.

Dans ma besace, “Poèmes bleus”, de cet écrivain baroudeur des mots qui repose désormais dans le petit cimetière maritime de Tréboul, face à cette mer qu’il affectionnait. Lors de pauses réparatrices, je me plais à ouvrir ce recueil de textes, le temps d’une lecture, assis face à la mer, sur un rocher ou un banc, éclairé par un ciel toujours en mouvement dont les nuances de couleurs changent en permanence, au gré des lumières et des vents. Passant du bleu au vert et réciproquement, le ciel et la mer parfois se confondent dans un camaïeu subtil que le breton nomme “Glaz” comme pour ne pas avoir à choisir entre les deux couleurs, celle de la mer et celle du ciel, qui ne forment à ses yeux qu’un seul et même univers.A peine quitté le parking et cet abri de canot de sauvetage dont l’évocation me ramène au temps des canotiers à rames, et pour moi au plus illustre d’entre-eux puisqu’il fut l’un de mes grand-pères, j’arpente le chemin étroit de Lervilly et remarque que quelque chose a changé depuis ma dernière promenade. L’accueil y est devenu plus poétique. Çà et là quelques massifs fleuris invitent le promeneur à la randonnée.Un peu plus loin, un ancien four à goémon a été remis en valeur, redonnant aux pierres oubliées, leur belle dignité, celle de l’histoire des hommes et de femmes qui jadis le bâtirent. Je m’arrête un instant, le temps d’immortaliser la chose par une photo car je pressens que je ne suis qu’au début de mes surprises.Le chemin est remarquablement entretenu. A intervalles réguliers, des bacs invitent les randonneurs à y déposer les quelques laisses de mer qu’ils pourraient trouver sur l’estran au cours de leur randonnée. Un inventaire à la Prévert où se trouvent rassemblés, botte usagée, morceaux de filets de pêches, quelques bidons de provenance aussi exotiques que mystérieuses. Tout ce bric-à-brac, résidus des pollutions marines, ayant probablement été charriés par le balais des marées et ces nombreuses tempêtes auxquelles la baie d’Audierne se trouve souvent exposée. Pas de bouteille à la mer cependant comme celle que je devais trouver il y a de cela quelques semaines et qui m’inspira un billet dans ce présent blog.

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Mais c’est en continuant mon chemin que les choses se précisent. A l’approche du phare de Lervilly, le chemin se fait plus large et un espace plus spacieux fait face à l’océan. Petite merveille de poésie où l’on peut tenir salon. Tout un ensemble de mobiliers faits de palettes savamment assemblées attendent le passage des randonneurs pour les inviter un instant, au repos et à la contemplation.
Chaque banc ou table a été confectionné à l’aide de bois de récupération par un habitant du coin soucieux d’apporter sa touche poétique autant que sa contribution citoyenne à cet espace insolite et sauvage. Rappelant au passage, par la nomination de ces points de repos, les noms des phares célèbres qui balisent ce bout du monde et des rochers avoisinants. Ainsi trouve-t-on, Armen, la Vieille, Tévennec, Sein, et même pour ceux qui auraient besoin de se situer, un superbe panneau d’orientation a été érigé.

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Une initiative individuelle d’un discret dénommé André qui nous rappelle cependant, non sans humour, que certaines pratiques animales sont encore trop souvent  préjudiciables à ceux qui ne regardent pas où ils mettent les pieds. Cette page de blog lui est dédiée car notre rencontre et court échange sur sa démarche bénévole m’ont fortement inspiré.
A mon arrivée déjà du monde au balcon. Un banc était déjà pris, qu’importe il y a d’autres pour faire salon. Alors c’est le moment de m’arrêter, d’ouvrir mon recueil de “Poèmes bleus” et de vous en lire un court extrait, car celui-ci ne pouvait pas mieux en évoquer les lieux.

Marines
Toi qui dans la halte d’une journée peut-être difficile
As choisi de lire
Plutôt que d’écouter, ou de voir
N’as-tu pas la télévision
Je veux que ce soit donc par amour
De ce pays à l’extrême-ouest de l’Europe
De cette Europe fatiguée
Dans les restes prestigieux de laquelle
Les hommes se tuméfient
Se heurtent, se font mal
……..
Je t’invite à chercher avec moi
A chercher et gratter et palper
A mettre l’aiguille adéquat
Sur la cire molle
De cette carte encore imaginaire
Dont je te propose l’exploration
Dont je te demande de parcourir
Les lieux de haute sensibilité.
Que mes faibles mots
Profitent un peu du miracle
De nos mémoires conjuguées
Afin qu’au terme du voyage
Nous entendions battre le cœur
Fût-ce faiblement
De ce pays à l’extrême-ouest de l’Europe
Que l’on appelle la Bretagne,
Ou plus précisément,l’Armor…

Le livre refermé, je retournais au bercail. Déjà en cette fin de journée de grande marée, la fraîcheur de l’air se faisait sentir.
Demain, peut-être un autre jour, en ouvrant mes volets, tel un rideau de théâtre, un nouveau spectacle pourra commencer. Toujours sur un fond bleu, pour démentir les mauvaise langues qui disent qu’en Bretagne tout n’est que grisaille, la marche du monde me donnera rendez-vous. Une hirondelle paraît-il ne faisant pas le printemps, assurément plusieurs sur les fils électriques préparent leur migration.
Rangées telles des notes de musique sur une partition,  j’entends siffler la symphonie du départ comme l’annonce nostalgique d’une fin d’été.Alors cherchez bien la “Blue Note”, et laissez-vous emporter par la mélodie du bleu.

 

 

 

Une histoire de flair …

Tout est question de patience et de flair cependant, car le Capiste a du nez.
(Pour les touristes, un Capiste est un habitant du Cap Sizun)

C’est un roc, c’est un pic, c’est une péninsule !
Que dis-je, c’est un Capiste !

Mais que se cache-t-il derrière ce nouveau message ?
Vous avez peut-être une idée ?

 

 

La demeure du chaos

« Faut-il attendre la fin du monde pour y penser, ou s’y préparer ? »

S’il est un lieu qui m’interroge aujourd’hui c’est bien celui où mes pas devaient me guider en ce jour de canicule. Lieu propice à renforcer l’image d’apocalypse si bien illustrée par l’environnement singulier dans lequel j’allais m’immerger le temps d’une visite, d’une rencontre.L’atmosphère caniculaire pesante, avec des températures avoisinant les 40 °c, devait accentuer ma sensation de mal être. J’avais déjà entendu parler du personnage controversé de Thierry Erhmann et de sa légendaire demeure située à quelques encablures de Lyon, dans le petit village de St Romain-au-mont-d’or, et je m’étais promis, lorsque je repasserai par Lyon, de visiter cet espace de 9000 m2, où sont exposées plus de 5000 œuvres dédiées à l’Art Contemporain.

Ce que j’avais retenu de la démarche artistique du personnage, n’était pas très éloigné de ce que j’avais appris des artistes Dadaïstes des années 1920, lorsque l’engagement politique et les pensées surréalistes de l’époque conditionnaient souvent les modes d’expressions artistiques. Je me doutais donc que je n’allais pas visiter une annexe du Louvre, ni un banal musée de campagne.
Si, par le passé, j’ai eu plusieurs occasions de découvrir des espace dédiés à l’art contemporain, celui que j’allais découvrir en ce jour de juin, était aux antipodes de ce que je pouvais imaginer. Je peux même avancer, sans trop m’écarter de la réalité, qu’avec la profusion des œuvres exposées, que je suis tombé sur une sorte d’encyclopédie : l’Universalis de l’Art Contemporain, version Wiki, s’affranchissant de tout interdit. L’Art se veut libre.

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Dès les années 1916, les horreurs de la première guerre mondiale, allaient influencer les artistes, bousculant de fait les conventions et l’ordre établi. Ainsi est né l’esprit Dada incarné par le poète roumain Tristan Tzara.
Les expressions artistiques prendront alors des formes inattendues, tant sur le plan graphique que littéraire. Autant que mon esprit puisse encore suivre le cheminement d’une pensée surréaliste, admirant les propositions de Marcel Duchamp ou les poèmes de Jacques Prévert et autre André fut-(il) Breton, le jardin du champ ici n’est que ruines. Cà y est, je sens que je suis contaminé.

Et il ne faut pas longtemps en effet pour que la mayonnaise prenne. Car ici le danger d’être contaminé est partout, des spectres radioactifs, aux fresques et peintures aux couleurs d’hémoglobine, tout rappel le chaos. Je vous avais prévenu. Déjà avant de pénétrer dans l’antre apocalyptique, toutes les ingrédients des pensées métaphysiques et formules mathématiques d’un monde mis en équation sont proposées à notre méditation.

Sur les murs bariolés de la propriété, aux allures de Street-Art, s’entrelacent dans un graphisme fractal tout ce que le monde porte de lamentations, d’utopie mais aussi d’espoirs d’un monde meilleur.

La folie créatrice des artistes qui souvent amène à “no limit” interpelle au point parfois de vous laisser sans voix. On se trouve donc dans l’incapacité d’un jugement binaire qui n’aurait comme alternative que de cocher 2 cases : “Beau” ou “Pas beau”.
Je me souviens de cette visite à Hauterives, dans le Palais Idéal du Facteur Cheval. Un moment particulièrement émouvant qui laisse songeur, lorsque l’on prend la mesure de ce qui fait la différence entre un artiste bricoleur et un esprit de génie. Au delà du talent, la notion du “no time” rejoint ici celle du “no limit” et tout devient néant car géant.

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Du chaos du monde, avec ses symboles guerriers, ses armes destructrices où se mélangent carcasses d’avion, d’hélicoptère guerrier, (je n’ai pas vu de sous-marin, mais je n’ai pas pu tout visiter),  je comprends à la fois que ce lieu interroge, dérange. Cela est le propre de l’art. Heurter la bien-pensance de l’Homme qui n’aime pas être dérangé.
Si, dans tout ce fracas de technologie, de cris, de révoltes atomisées, de messages codés, je ne suis pas certain d’avoir tout compris, je retiendrai ce message d’Albert Einstein, affiché à l’entrée de lAmerican Visionary Art Museum de Baltimore : “L’imagination est plus importante que la connaissance”.
A n’en pas douter les artistes, ici, ont de l’imagination.

Une visite gratuite qui ne laissera pas le visiteur indifférent. Il faudra cependant revenir plusieurs fois pour tout comprendre, car cet espace est à l’image du monde, en perpétuel mouvement, pour ne pas dire bouleversement.
Si la guerre 14-18 fut à l’origine du mouvement intellectuel appelé Dadaïsme, probablement que l’après 11 septembre 2001 revisité par Thierry Erhmann  laissera, pour longtemps encore, son empreinte sur ce petit territoire Lyonnais.

Merci à Marc, s’il lit cette petite page de blog, de nous avoir amicalement guidé et donné, par ses explications, quelques clés de compréhension lors de notre éphémère passage.

A bientôt pour de nouvelles découvertes …