Brest, hommage à Victor Segalen

               Le soleil illuminait la rade de Brest, en ce soir d’automne.
Contredisant Prévert à l’adresse de Barbara, Victor Segalen rayonnait par la puissance poétique de ses textes, interprétés par de talentueux lecteurs brestois.

Soleil rasant en cette fin de soirée douce et fraiche du 3 décembre 2019.
Ambiance feutrée, intime presque. Sans nostalgie aucune, la poésie des vers et les notes de musiques confinaient l’espace discret du jardin du Cours Dajot, dans une bulle de recueillement. Les mouettes du port du Ponant avaient pour l’occasion suspendu leurs ricanements salins.

Inspirées par la mélodie polynésienne d’un Norbert en verve, s’invitant à la table, l’ombre de Gauguin et celle des Marquises planaient sur l’estacade maritime avec cette douceur du temps qui passe qui n’appartient qu’aux poètes disparus.


Cérémonie organisée par l’ASNOM (Association Amicale de Santé Navale et Outre Mer) en partenariat avec la municipalité de Brest et
l’Association Brestoise des Amis de Victor Segalen.

Dans de précédents billets, Victor Segalen fut souvent évoqué dans la cité brestoise.
Avec cette année 2019, centenaire de sa disparition, se referme une année particulièrement riche en manifestations culturelles. Gageons que la jeunesse brestoise sache perpétuer  longtemps encore sa mémoire en découvrant son œuvre.

Cà, c’est du Pinard !

Dans l’un de mes précédents billets j’avais évoqué le Médecin Laënnec et son invention révolutionnaire : le stéthoscope.
Intrigué par son histoire, je m’étais amusé à réaliser au tour à bois une reproduction conforme de l’instrument, en m’appliquant à le faire avec le même respect des processus de fabrication en vigueur à l’époque.

Ce petit exercice de style m’avait conduit à m’intéresser de près aux techniques d’auscultations médicales. Je découvrais donc que l’invention, au fil du temps, avait ouvert la voie à l’imaginaire de médecins spécialistes en tout genre et que très vite ceux-ci se sont ingéniés à adapter l’instrument d’investigation médicale à leurs spécialités.
Si aujourd’hui ces instruments ont été relégués aux cabinets de curiosités, remplacés par des techniques sophistiquées appelées Doppler, échographes et j’en passe, le plus beau des instruments et le plus poétique reste pour moi celui qui permet d’être à l’écoute des premiers battements de cœur de la vie, celui de l’embryon devenant fœtus qui, dès l’âge de quelques dix-huit semaines, se fait entendre dans le ventre de la mère.

Ainsi, appliquant les lois de l’acoustique et s’appuyant sur la découverte du Dr Laënnec, le Docteur Adolphe  Pinard, obstétricien et homme politique français (1844-1934) imagina son instrument d’écoute obstétrical qui désormais portera son nom.

Pour preuve que cet instrument est relégué aux oubliettes, j’ai voulu m’en procurer un exemplaire comme modèle. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque m’adressant au jeune pharmacien de mon quartier je lui demandai : “Je voudrais un stéthoscope de Pinard, s’il vous plait.
Visiblement ne connaissant pas la “chose”, le jeune apothicaire me regarda en souriant et l’air incrédule me répondit en me montrant du doigt l’estaminet voisin :
Désolé, mais pour le Beaujolais nouveau il faut s’adresser en face !
Un comble lorsque l’on sait que le doux breuvage est incompatible avec l’attente
d’un bébé !

Pour ceux que cela intéresse, quelques données techniques de réalisation du modèle que je viens de réaliser en eucalyptus, c’est parait-il bon pour la respiration..

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Au temps des cathédrales

On oppose souvent les métiers manuels, ceux des savoir-faire, rudes, parfois peu valorisés, souvent pénibles, aux métiers plus nobles, promus par l’intellect, communément appelés les “Sciences du Savoir”.

Retour vers le futur…

Et si demain on rebâtissait “Notre-Dame” avec les mêmes techniques ancestrales, celles des bâtisseurs de cathédrales, époque des Compagnons artisans, redonnant ainsi à notre jeunesse le goût et le plaisir de redécouvrir Thales et Pythagore, la pige et la chaîne d’arpenteur et, par la même, lui faire redécouvrir un monde qui ne s’est pas simplement construit autour des ordinateurs, avec une intelligence dite artificielle qui tend malheureusement à occulter que l’individu est lui encore doté de formidables outils que sont ses mains et son cerveau.
Thales et Pythagore nous feraient voyager à travers le monde, de cet orient où l’humanité n’en finit pas de se déchirer, de cette Grèce à genou en proie aux convoitises de l’argent. Ils apprendraient à nouveau à notre jeunesse que l’homme a une fantastique capacité d’adaptation et d’évolution, s’il sait retrousser ses manches et ne craint pas de se salir, ni de s’abimer les mains. Ils redonneraient enfin au temps sa vraie dimension dans un monde où la terre promise Californienne abreuve la planète d’immédiatetés, d’images éphémères autant que réductrices d’un monde “Comme j’aime” où tout désormais semble possible, sans effort.
Nous nous étions rendus, il y a quelques années, à Guedelon dans l’Yonne, a quelques encablures d’Auxerre, au sud de Paris et nous avions été surpris de découvrir un chantier hors norme, frisant la folie par sa démesure.


Débuté en 1997 avec simplement l’enthousiasme de quelques passionnés considérés comme des illuminés, j’avais pris en 2014 quelques photos de cette construction, réplique à l’identique d’un château du XIII ème siècle, construit suivant les règles de l’art de l’époque. Ce chantier, au delà de l’exploit humain, est un livre ouvert pour notre jeunesse, une encyclopédie des savoir-faire et un rappel au mécanisme pédagogique qui nous fait tant défaut de nos jours, celui de la transmission entre générations. Nous nous étions promis de le faire découvrir un jour à nos petits enfants.

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En cet automne 2019, j’y suis retourné accompagné de l’un de mes petits fils, en âge de comprendre qu’un métier manuel cela aussi peut être un beau métier.
Par la même occasion, j’ai pu prendre quelques autres photos comparatives et voir ainsi l’évolution du chantier.
Une chose est certaine, le temps que l’on passe à courir frénétiquement derrière nos ordinateurs semble dérisoire, face à la l’éternité du bel ouvrage modelé par les mains de l’homme.

A bientôt pour un autre sujet ...