Au temps des cathédrales

On oppose souvent les métiers manuels, ceux des savoir-faire, rudes, parfois peu valorisés, souvent pénibles, aux métiers plus nobles, promus par l’intellect, communément appelés les “Sciences du Savoir”.

Retour vers le futur…

Et si demain on rebâtissait “Notre-Dame” avec les mêmes techniques ancestrales, celles des bâtisseurs de cathédrales, époque des Compagnons artisans, redonnant ainsi à notre jeunesse le goût et le plaisir de redécouvrir Thales et Pythagore, la pige et la chaîne d’arpenteur et, par la même, lui faire redécouvrir un monde qui ne s’est pas simplement construit autour des ordinateurs, avec une intelligence dite artificielle qui tend malheureusement à occulter que l’individu est lui encore doté de formidables outils que sont ses mains et son cerveau.
Thales et Pythagore nous feraient voyager à travers le monde, de cet orient où l’humanité n’en finit pas de se déchirer, de cette Grèce à genou en proie aux convoitises de l’argent. Ils apprendraient à nouveau à notre jeunesse que l’homme a une fantastique capacité d’adaptation et d’évolution, s’il sait retrousser ses manches et ne craint pas de se salir, ni de s’abimer les mains. Ils redonneraient enfin au temps sa vraie dimension dans un monde où la terre promise Californienne abreuve la planète d’immédiatetés, d’images éphémères autant que réductrices d’un monde “Comme j’aime” où tout désormais semble possible, sans effort.
Nous nous étions rendus, il y a quelques années, à Guedelon dans l’Yonne, a quelques encablures d’Auxerre, au sud de Paris et nous avions été surpris de découvrir un chantier hors norme, frisant la folie par sa démesure.


Débuté en 1997 avec simplement l’enthousiasme de quelques passionnés considérés comme des illuminés, j’avais pris en 2014 quelques photos de cette construction, réplique à l’identique d’un château du XIII ème siècle, construit suivant les règles de l’art de l’époque. Ce chantier, au delà de l’exploit humain, est un livre ouvert pour notre jeunesse, une encyclopédie des savoir-faire et un rappel au mécanisme pédagogique qui nous fait tant défaut de nos jours, celui de la transmission entre générations. Nous nous étions promis de le faire découvrir un jour à nos petits enfants.

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En cet automne 2019, j’y suis retourné accompagné de l’un de mes petits fils, en âge de comprendre qu’un métier manuel cela aussi peut être un beau métier.
Par la même occasion, j’ai pu prendre quelques autres photos comparatives et voir ainsi l’évolution du chantier.
Une chose est certaine, le temps que l’on passe à courir frénétiquement derrière nos ordinateurs semble dérisoire, face à la l’éternité du bel ouvrage modelé par les mains de l’homme.

A bientôt pour un autre sujet ...

 

 

L’éloge de la main

“Sans le boulanger, aurais-tu du pain ?”

Je me remémore souvent cette maxime qu’inlassablement me rappelait mon père, lorsque jouant avec mes automates, je lui prédisais un avenir meilleur, dans lequel l’Homme pourrait un jour tout faire sans l’aide de ses mains. Car enfant, regardant souvent les siennes, devenues noueuses par les affres du temps, j’en devinais la souffrance autant que j’en admirais la richesse, au regard de leurs productions.
Manuel, oui c’était pour lui comme pour beaucoup d’ouvriers de sa génération, une fierté, un crédo, une raison de croire en un avenir meilleur, incarné par le seul fruit du labeur et de la transpiration.

Outils et bouilloire en cuivre faite entièrement à la main à l’âge de 16 ans (en 1931)

L’intelligence artificielle, avec ses ordinateurs et ses robots, remplacera-t-elle un jour le bon sens qui semble parfois faire défaut à ceux qui pensent pouvoir tout automatiser ?
L’homo-sapiens moderne deviendra-t-il un jour amnésique de son passé, au point d’oublier les gestes ancestraux et que sa main aussi, peut être dotée d’une belle intelligence ?

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Lisant dernièrement un texte court de Henri Focillon intitulé “Eloge de la main”, admirable réflexion sur les pouvoirs de la main, j’ai ressorti des méandres de mes archives photographiques quelques images posthumes d’une époque fraternelle où les hommes et les femmes de ce bas monde s’entraidaient, en s’échangeant tour à tour quelques beaux “tours  de mains”, qu’aucune machine ne saurait remplacer.

La demeure du chaos

« Faut-il attendre la fin du monde pour y penser, ou s’y préparer ? »

S’il est un lieu qui m’interroge aujourd’hui c’est bien celui où mes pas devaient me guider en ce jour de canicule. Lieu propice à renforcer l’image d’apocalypse si bien illustrée par l’environnement singulier dans lequel j’allais m’immerger le temps d’une visite, d’une rencontre.L’atmosphère caniculaire pesante, avec des températures avoisinant les 40 °c, devait accentuer ma sensation de mal être. J’avais déjà entendu parler du personnage controversé de Thierry Erhmann et de sa légendaire demeure située à quelques encablures de Lyon, dans le petit village de St Romain-au-mont-d’or, et je m’étais promis, lorsque je repasserai par Lyon, de visiter cet espace de 9000 m2, où sont exposées plus de 5000 œuvres dédiées à l’Art Contemporain.

Ce que j’avais retenu de la démarche artistique du personnage, n’était pas très éloigné de ce que j’avais appris des artistes Dadaïstes des années 1920, lorsque l’engagement politique et les pensées surréalistes de l’époque conditionnaient souvent les modes d’expressions artistiques. Je me doutais donc que je n’allais pas visiter une annexe du Louvre, ni un banal musée de campagne.
Si, par le passé, j’ai eu plusieurs occasions de découvrir des espace dédiés à l’art contemporain, celui que j’allais découvrir en ce jour de juin, était aux antipodes de ce que je pouvais imaginer. Je peux même avancer, sans trop m’écarter de la réalité, qu’avec la profusion des œuvres exposées, que je suis tombé sur une sorte d’encyclopédie : l’Universalis de l’Art Contemporain, version Wiki, s’affranchissant de tout interdit. L’Art se veut libre.

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Dès les années 1916, les horreurs de la première guerre mondiale, allaient influencer les artistes, bousculant de fait les conventions et l’ordre établi. Ainsi est né l’esprit Dada incarné par le poète roumain Tristan Tzara.
Les expressions artistiques prendront alors des formes inattendues, tant sur le plan graphique que littéraire. Autant que mon esprit puisse encore suivre le cheminement d’une pensée surréaliste, admirant les propositions de Marcel Duchamp ou les poèmes de Jacques Prévert et autre André fut-(il) Breton, le jardin du champ ici n’est que ruines. Cà y est, je sens que je suis contaminé.

Et il ne faut pas longtemps en effet pour que la mayonnaise prenne. Car ici le danger d’être contaminé est partout, des spectres radioactifs, aux fresques et peintures aux couleurs d’hémoglobine, tout rappel le chaos. Je vous avais prévenu. Déjà avant de pénétrer dans l’antre apocalyptique, toutes les ingrédients des pensées métaphysiques et formules mathématiques d’un monde mis en équation sont proposées à notre méditation.

Sur les murs bariolés de la propriété, aux allures de Street-Art, s’entrelacent dans un graphisme fractal tout ce que le monde porte de lamentations, d’utopie mais aussi d’espoirs d’un monde meilleur.

La folie créatrice des artistes qui souvent amène à “no limit” interpelle au point parfois de vous laisser sans voix. On se trouve donc dans l’incapacité d’un jugement binaire qui n’aurait comme alternative que de cocher 2 cases : “Beau” ou “Pas beau”.
Je me souviens de cette visite à Hauterives, dans le Palais Idéal du Facteur Cheval. Un moment particulièrement émouvant qui laisse songeur, lorsque l’on prend la mesure de ce qui fait la différence entre un artiste bricoleur et un esprit de génie. Au delà du talent, la notion du “no time” rejoint ici celle du “no limit” et tout devient néant car géant.

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Du chaos du monde, avec ses symboles guerriers, ses armes destructrices où se mélangent carcasses d’avion, d’hélicoptère guerrier, (je n’ai pas vu de sous-marin, mais je n’ai pas pu tout visiter),  je comprends à la fois que ce lieu interroge, dérange. Cela est le propre de l’art. Heurter la bien-pensance de l’Homme qui n’aime pas être dérangé.
Si, dans tout ce fracas de technologie, de cris, de révoltes atomisées, de messages codés, je ne suis pas certain d’avoir tout compris, je retiendrai ce message d’Albert Einstein, affiché à l’entrée de lAmerican Visionary Art Museum de Baltimore : “L’imagination est plus importante que la connaissance”.
A n’en pas douter les artistes, ici, ont de l’imagination.

Une visite gratuite qui ne laissera pas le visiteur indifférent. Il faudra cependant revenir plusieurs fois pour tout comprendre, car cet espace est à l’image du monde, en perpétuel mouvement, pour ne pas dire bouleversement.
Si la guerre 14-18 fut à l’origine du mouvement intellectuel appelé Dadaïsme, probablement que l’après 11 septembre 2001 revisité par Thierry Erhmann  laissera, pour longtemps encore, son empreinte sur ce petit territoire Lyonnais.

Merci à Marc, s’il lit cette petite page de blog, de nous avoir amicalement guidé et donné, par ses explications, quelques clés de compréhension lors de notre éphémère passage.

A bientôt pour de nouvelles découvertes …