Sur la route des peintres

Cela faisait longtemps que l’idée me trottait dans la tête, celle de me rendre dans des lieux où jadis certains grands maîtres de la peinture avaient posé leur chevalet pour immortaliser de leurs pinceaux et palettes de couleurs ces paysages bretons qui me sont si familiers.

Retrouver un lieu à partir d’une peinture, chercher du regard l’angle de vue, le plus précisément possible, pour y poser à mon tour le trépied de mon appareil photo afin d’y trouver, à défaut du frisson et de l’émotion éprouvée par l’artiste, le simple plaisir du souffle de l’inspiration.

Bien évidemment, les paysages ont évolués depuis tant d’années, certains lieux ont été transformés au gré du temps, de la fantaisie des peintres. Certains tableaux ont été transformés, sublimés par l’imaginaire fécond des artistes. La perception du réel reste un mystère propre à chaque individu.

Quoiqu’il en soit, en partant de la plage du Ris pour me rendre au petit cimetière de Tréboul, en passant par Douarnenez situé dans le Finistère, ma collecte fut fructueuse et mon plaisir intense.

C’est à cette petite promenade en suivant le GR34, que je vous invite. Peut-être éprouverez-vous le désir de me suivre et de me proposer à votre tour des peintures à découvrir afin que je puisse compléter cet album estival.

Fuyant les grandes concentrations des stations balnéaires pour retrouver le simple plaisir d’arpenter les chemins de bord de mer que seuls les flâneurs aiment à contempler, je vais donc commencer mon périple par ce lieu qui m’a tant inspiré étant jeune, cette grande plage du Ris si souvent immortalisée.

Vue des Plomarc’h , falaise de la plage du Ris (vers 1909)

Première peinture à m’avoir inspiré, cette falaise du Ris qui longe la plage, représentée par Ernest de Chamaillard  (1862-1930) né à Quimper, élève de Gauguin.
Ce que l’on peut en observer aujourd’hui …
La seconde peinture, réalisée par Maurice Chabas (1862-1947) est une vue en hauteur de la plage du Ris.

Difficile de retrouver le point de vue exact, car la route est désormais bordée de constructions et les terrains aujourd’hui privatisés sont inaccessibles. Néanmoins, quelques compromis permettent encore sur les hauteurs des Plomarc’h d’avoir une vue plongeante sur la plage.

Sur cette photo on distingue, au pied de la falaise, quelques rochers. Je m’y rendrais à marée basse afin de me glisser dans la peau d’un enfant du pays, Jean-Marie Villard (1828-1899) né à Ploaré tout près de la plage. Son père menuisier-ébéniste fut l’ami du Dr Laënnec l’inventeur du stéthoscope, dont je fis le portrait dans un précédent article.

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Jean-Marie Villard fut un temps enseignant puis, quittant l’institution il devint photographe. Tout d’abord à Nantes puis à Paris où il rencontra Daguerre et Nadar avant de crée son propre atelier photographique à Quimper.
Suivant la trace du photographe, je ne pouvais que mettre mes pas dans celui de l’artiste… en retrouvant les rochers dont il fit un fusain et une huile dans les années 1896.

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En arrivant sur les hauteurs des Plomarc’h de beaux points de vue sur la baie de Douarnenez s’offrent aux regards des promeneurs. Inspiré par l’art japonais Henri Rivière  (1854-1951) fera une série de lithographies, d’aquarelles et d’estampes sur les paysages bretons dont Douarnenez et Tréboul.

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Le chemin de Plomar’ch mène à un petit hameau surplombant le port de Douarnenez.
Répondant au doux nom de « Petit Barbizon », ce lieu en dit long sur l’influence qu’ont pu avoir les paysages du pays Penn-Sardin sur les artistes peintres de l’époque, impressionnistes ou figuratifs du début du 20 ème siècle.

Au bout du quai, à l’endroit où jadis l’usine Rouge avait fait les beaux jours de Douarnenez, une vue sur le Rosmeur, immortalisé dans une peinture de Bernard Buffet (1928-1999) dans un style très reconnaissable.

Le port de Douarnenez (Rosmeur) en 1990

Un article ne serait pas suffisant pour évoquer tous les peintres qui au cours du 19ème et 20ème siècle ont posé leur chevalet sur les quais. J’ai le souvenir d’en avoir vu beaucoup jusque dans les années 60. La réputation de Douarnenez a fait des émules jusque dans les rangs des maitres Japonais comme en atteste cette huile prise en 1930 par Kamesuke Hiraga (1890-1971)  dans un lieu qui n’a pas beaucoup changé.

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Après avoir longé le port je traversai le pont pour rejoindre Tréboul et la superbe petite plage St Jean, au pied du cimetière marin, où j’avais rendez-vous avec Jules Breton (1827-1906). La chapelle est désormais cachée par les arbres.

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Enfin, pour clore ce petit article pictural, je me dirigeai vers le calvaire, reconnaissable car unique me semble-t-il à Tréboul, peint en 1895 par Renoir (1841-1919) qui parait-il séjourna dans une maison voisine.

Ce même calvaire sera à nouveau immortalisé en 1930, dans un tableau du peintre Anglais Christopher Wood (1901-1930). Si le lieu représenté dans la peinture de Renoir est complètement différent de la réalité, l’interprétation qu’en fera Chritopher Wood est remarquablement ressemblant à ce que l’on peut voir aujourd’hui.

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La petite promenade se termine ici… mais la route du Cap Sizun est encore longue. Probablement y ferais-je d’autres belles rencontres. A bientôt pour un autre voyage.

Etre femme à Douarnenez

La journée de la femme m’a donné l’occasion de ressortir quelques photos que j’avais immortalisées lors de l’une de mes nombreuses visites dans ce Port de Douarn comme on le nomme ici. Ce nom de port de pêche du Finistère, rendu si célèbre dans les années 1920, époque de la crise sardinière, où les femmes, en particulier, jouèrent un rôle primordial dans l’émancipation de leur condition ouvrière.

Affiche éditée en 1982 par la CGT Pays bigouden à l’occasion d’un débat sur les grèves des sardinières des années 1926-1927

Le tempérament rebelle perdure au sein de cette cité de caractère, dominé par l’esprit féminin, jamais à court d’arguments, pour défendre “leurs causes”.
Non seulement il perdure, mais il se transmet de générations en générations de Penn Sardin comme en témoigne cette initiative conduite par Sylvie Contant et la Compagnie des Praticables en 2015, consacrée à la mémoire féminine douarneniste à travers la réalisation d’une exposition de photos, affichées un temps sur le mur de la station service du port de pêche.

Cette exposition éphémère n’est plus, c’est dommage. Heureusement que l’éphémère se mémorise très bien de nos jours avec le pouvoir magique de la photographie. J’attendais un moment propice pour vous délivrer ma collecte originale, et partager le souvenir de l’esprit qu’elle transmet. Avec la journée de la femme qui vient de se dérouler cette semaine, le moment est venu de vous les présenter …

Alors revisitons ensemble un petit passé de Douarn, entre la rue Monte au Ciel et le Petit Barbizon, face à l’île Tristan, gageons qu’il plane encore pour longtemps à Douarnenez et ailleurs dans le monde, l’esprit frondeur et résistant féminin pour qu’il sème encore plus de rues  : “Au nom d’elles”.

Par trois panneaux, Sylvie Contant oriente les visiteurs sur sa démarche, dont voici un extrait : « Ce qui m’importait avant tout dans cette démarche, c’était de proposer des noms en lien avec la ville, des noms de femmes qui parlent aux gens, dont ils se rappellent ou qu’ils vont découvrir. Renommer par exemple le parking des Halles, face à l’usine Chancerelle, « Place des Usinières », le quai du Rosmeur, « Quai des Patronnes de Bars », puisque sur le port ce sont des femmes qui, pendant des années ont tenu ces commerces. Des noms de Résistantes aussi, Madeleine Gestin, Marguerite Seznec, Eugénie Kérivel qui s’est proposé de se faire fusiller par les Allemands avec son mari, à la place du jeune Guy Moquet. 3 noms parmi d’autres car elles furent nombreuses. » – Les portraits et reprises de photographies des panneaux sont à mettre au crédit de Sophie Morice-Couteau.

Rue éphémère « Aux noms d’elles »

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Et comme cette collection de femmes ne me semblait pas totalement complète, j’en ai rajouté quelques autres, anonymes au regard de beaucoup de visiteurs de ce blog, mais toutes authentiques, de Douarn et pas inconnues de tous, je peux vous l’assurer. C’est ici que j’ai passé mon enfance, sous haute protection féminine au lendemain des sombres années de guerre dans ce Dock de L’ouest, à deux pas du Bolomig, rue Jean Bart, autre personnage emblématique de cette belle cité de caractère.

 

A bientôt, pour un autre sujet. Douarnenez, j’y reviendrai, avec d’autres photos …

Rue mythique de Douarnenez

S’il est des rues mythiques, rue des Cinq diamants, passage de la main d’Or, rue Casse la Foi, une me tient particulièrement à coeur. C’est la petite rue étroite, tortueuse et pentue connue de tous les Douarnenistes, la rue « Monte au Ciel ».

Assurément, y être né encouragera certains esprits à la dévotion, d’autres plus épicuriens y verront l’heureux présage de profiter du temps qui passe. Et à Douarnenez, le temps qui passe est toujours empreint de gaieté et d’humour.
Pour preuve cet estaminet où le pèlerin qui, jadis, s’y hasardait, pouvait faire sa première pause au sommet de la côte.
Un p’tit remontant chez le Pape, au Vatican Bar, rue Monte au Ciel, on était aux anges. Mais celà était d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent plus connaître.

Bar-le-Vatican

« Pourquoi les rues des plus pauvres quartiers
ont-elles toujours les plus jolis noms ? »  Jacques Prévert