Si Tévennec m’était conté

Lors d’un interview l’été 2016, Tristan Berteloot, journaliste à Libération m’avait questionné sur mes articles de blog concernant Tévennec.
En réalisant son enquête et à la lecture de l’article qui devait paraître l’été 2016, je me suis laissé convaincre de cette nécessité, qui s’imposait alors comme une évidence, de regrouper dans un même ouvrage quelques articles de mon blog évoquant les îles et les phares de mon enfance.
En y ajoutant des textes originaux de récits personnels, des poèmes, il me devenait possible de raconter une vraie histoire, alors pourquoi pas, il suffisait de se lancer…

Les processus d’auto-édition permettent aujourd’hui de tout faire soi-même, ou presque, sans quitter son bureau. Produire, éditer, faire imprimer et diffuser ses écrits, suivant le concept du Do-It-Yourself, sans le filtre sélectif d’un éditeur, de correcteurs tatillons, est devenu une entreprise accessible à tous. Dès lors, les ingrédients d’un petit travail sur la mémoire et sa transmission me semblent réunis pour que je me lance dans cette nouvelle aventure, l’écriture, abandonnant à d’autres le complexe des fautes d’orthographe, de grammaire ou de style…

Tévennec

(Publication accessible sur demande – Format 15 x 21 cm – 138 pages)

Tévennec, entre la mystérieuse ville d’Ys et l’enfer de l’Armen est un lieu chargé d’histoires. Convoité par les uns, délaissé des autres, ce lieu, aux récits souvent fantasmés, reste pour moi comme un jardin secret que j’aurais cultivé durant des décennies comme d’autres cultivent des roses jusqu’à leur éclosion.

Aujourd’hui, 3 mars 2018, alors que débute la nouvelle édition du printemps des poètes, placée sous le signe de l’Ardeur, le temps de l’éclosion audacieuse est arrivé ….
Alors osons ! Les écrits seuls comptent, le reste, paraît-il, ne serait que bavardage.

 

 

Venise, Murano, Burano (4)

S’il fait frais en ce matin d’octobre, la journée qui s’annonce est prometteuse en belles rencontres photographiques. Direction donc vers notre station favorite de la piazzale Roma. Nous prendrons la ligne 4.2 pour Murano où nous arriverons une heure plus tard.
Le ciel est légèrement couvert, un voile brumeux sur le grand canal augure de bonnes conditions de prises de vues avec une lumière douce, propice à restituer de bonnes ambiances.
Après avoir quitté la station Fondamente Nove, nous laisserons derrière nous Venise pour l’une des plus grandes îles de la lagune: Murano.
Comme un rideau de théâtre qui se lèverait sur une scène, la brume en se dissipant laisse apparaître quelques images fantomatiques. Le mystère de la lumière opère déjà.La circulation maritime sur la lagune est savamment organisée. Les bateaux empruntent des chenaux balisés de poteaux dont on peut mesurer l’usure du temps. Promontoires recherchés par les cormorans et autres oiseaux de bord de mer qui y trouvent refuges pour se prélasser. Ici pas de vache pour regarder les trains, ce sont les oiseaux qui regardent passer les bateaux.
En traversant la lagune nous ferons un arrêt à San Michele. (photo ci-dessous).
Une île particulière puisqu’il s’agit du cimetière de Venise. Le seul cimetière au monde, paraît-il, où les morts accèdent par bateau. Igor Stravinski y serait enterré.

Puis nous arrivons à Murano, île connue dans le monde entier  pour sa verrerie.
Les premiers vitraux de la cathédrale San Marco ont été réalisés par les artisans verriers suivant des procédés industriels jalousement gardés. Bien que la fabrication du verre translucide était connue depuis l’antiquité, l’apparition du verre à vitre est datée de l’époque Romaine. Les vestiges d’ Herculanum et Pompéi en ont laissé le témoignage. L’industrie verrière de Murano remonte au XIIIème siècle. Bien plus tard, ce sera paraît-il à Colbert que l’on doit la galerie des glaces de Versailles, après avoir fait espionner les maîtres verriers Vénitiens pour en rapporter les secrets de fabrication.
Nous arriverons à Murano par la station Colonna et commencerons par nous diriger au Museo del Vitro, passage obligé pour parfaire notre curiosité sur le sujet.

Comme dans toutes les îles, le bateau est omniprésent, y compris pour faire ses emplettes. Les scènes de rue sont parfois surprenantes et insolites.

Après le pique-nique du midi, nous rejoindrons la station du Faro (ligne 12), d’où se fera l’embarcation pour Burano. (Ci-dessous le phare de Murano).
L’industrie verrière n’ayant plus aucun secret pour nous, et le porte-monnaie allégé, nous continuerons notre périple pour l’île voisine de Burano. Après le verre nous allons faire dans la dentelle …

Environ 35 minutes de navigation entre de minuscules îles sur lesquelles des habitations abandonnées m’interrogent sur la fragilité du milieu.
Burano surprend aussi par son atmosphère colorée.

 

Un décor de rêve pour les photographes. Ici les façades des maisons sont peintes de couleurs bariolées. L’ambiance est vraiment différente de celle de Murano, le linge qui sèche aux fenêtres est une indication du climat doux qui doit règner ici.

Si Murano est connue pour sa verrerie, Burano l’est pour sa dentelle. Un passage obligé au musée de la dentelle devrait nous permettre d’en savoir un peu plus.
La finesse de la dentelle de Burano (Photo dr) fut particulièrement appréciée en France sous Louis XIV, à l’époque où les tenues vestimentaires étaient particulièrement chargées de fioritures et motifs extravagants.
Colbert, encore lui, importa le concept en Normandie. Cette transmission de savoir-faire sera à l’origine de l’invention du “point d’Alençon”, faisant de cette dentelle à aiguille un produit de luxe, dont la transmission des gestes et des techniques est toujours d’actualité à l’Atelier national de la ville.

Après cette journée encore bien remplie en découvertes et une dernière déambulation à travers les ruelles, désormais tranquilles en cette fin de journée, il est temps de penser au retour. Demain sera un autre jour …

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Balade de phare en phare (4)

Le 1er janvier 1929, Daniel était à nouveau désigné pour une autre affectation. Direction, cette fois, le phare de l’île voisine, Batz.

Phare des années 50

Phare de l’île en 2016

Même si cette nouvelle destination est considérée dans le monde des gardiens de phares comme celle du purgatoire ce sera pour lui, enfin le paradis. Une maison d’habitation plus grande, une vie sociale moins monastique, des voisins, un jardin, le bonheur.
Enfin la liberté retrouvée autour d’une famille réunie, car la vie à l’île Noire, peu propice à la scolarité des enfants, avait un temps dispersé la fratrie.
Mais l’île de Batz est une terre accueillante et bien qu’exposée sur la côte nord du Finistère, sur son versant sud le climat y est plus doux. Ici, dès le printemps venu, la végétation offre, pour le plaisir des yeux, des jardins aux parfums coloniaux. Beaucoup de plantes en effet ont été rapportées de contrées lointaines, le marin breton est grand voyageur.

Pas étonnant donc que, les beaux jours installés, l’île devenait la proie des visiteurs et le phare la cible de toutes les curiosités. Famille, amis, parfois même des touristes fortunés, en manque d’exotisme. Dans le premier article de cette série j’évoquais le séjour de Henri Lartigue. Les congés payés n’existaient pas encore et ces séjours n’étaient réservés qu’à une poignée de privilégiés. Le phare reste encore à notre époque un aimant irrésistible qui attire les amoureux de lieux insolites.

  

(Photos -Gauche le phare en 1930- Droite des touristes à l’entrée du phare en 1931)

Un jour, échappant à la surveillance de ses aînés, la petite Yvette, qui marchait à peine, prise d’aventure et de grands espaces, entreprit d’escalader seule les cent quatre vingt dix huit marches du phare, haut d’une quarantaine de mètres.
Heureusement que le père était présent dans la lanterne, occupé à quelques travaux d’entretien. Que serait-il arrivé, si au terme de son escalade à quatre pattes gravissant marche par marche la tour infernale, elle avait trouvé porte close ?
Probablement attirée par les bruits de la maintenance paternelle, et faisant preuve d’une détermination précoce, l’intrépide atteignit le but recherché.
Les yeux ébahis du père, stationné quelques mètres plus haut en apercevant son rejeton au pied des dernières marches qui mènent à la lanterne, déclenchaient chez la fugueuse un sourire contagieux. Daniel saisit l’enfant dans ses bras, la hissa délicatement au centre du mécanisme. Accompagnant la tourelle dans un geste complice, il transforma pour un instant, la lanterne magique en manège féérique.
Cette anecdote me fut confiée par l’intéressée elle même, un après midi d’automne, alors que nous passions en revue quelques photos égarées au fin fond d’un tiroir de vieux buffet familial.

   

Mais la vie dans un phare, même au paradis, n’est pas une sinécure. Les gardiens de feux ne sont pas de simples veilleurs oisifs qui passent leur temps à contempler la mer et l’horizon. Leur tache essentielle est dévolue à la surveillance, à l’entretien du phare, à la maintenance de ses infrastructures. Il y a dans les phares les plus mythiques, un espace réservé au passage de l’Ingénieur. Vieille tradition maritime héritée des temps reculés où les tournées d’inspections étaient légions. Véritable temple dans le temple, cette pièce, à la fois chambre et bureau, au parquet ciré et aux cuivres rutilants, est interdite d’accès aux communs des mortels. Privilège de la noblesse des lieux et de la fonction, elle n’était fréquentée que par le gardien de garde qui veillait à son entretien et à “Mr l’ingénieur” lorsque celui-ci, de passage, y séjournait le temps d’une inspection.
Mais les dangers de la fonction sont nombreux, par les conditions de vie bien sûr, les humeurs de la mer, mais aussi par la manutention de produits dangereux : huiles, pétrole, mercure, amiante, autant de substances dont les poussières et les vapeurs toxiques rongent les organismes les plus résistants.

Comme les gens simples et besogneux qui n’ont jamais appris à se plaindre, un matin de septembre 1932, Daniel s’éteindra, avec son dernier feux, il n’avait que 39 ans.
Comme un malheur n’arrive jamais seul, paraît-il, la crise financière de 1929 avait déjà plongé l’humanité dans l’obscurité et de nouveaux bruits de bottes résonnaient du coté de la Germanie.
C’est donc seule, avec ses trois enfants, que Jeanne à présent devait continuer son chemin et s’éloigner à jamais de la lumière des phares. Mais ceci est une prochaine histoire.
(à suivre …)

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