Le génome des “Isolés” (2)

Il est des destins tragiques qui donnent à certaines vies de bien inattendues trajectoires. Si je connaissais, bien sûr, les circonstances qui avaient menées mon grand-père Daniel à devenir gardien de phare, je n’avais jusqu’à ce jour jamais fait de sérieuses investigations pour trouver une trace écrite des évènements qui allaient conduire à sa nomination à Armen.

En dehors de son dossier administratif, aux annotations lacunaires, j’avais lu de nombreux ouvrages sur les phares dont « Feux de mer », écrit par Louis Le Cunff,  par lequel adolescent j’apprenais la fin tragique de l’arrière grand-père sur le caillou de Tévennec, un sombre jour d’octobre 1908.
Bien que romancé, ce document deviendra probablement pour moi le sésame qui m’incitera à entrer dans cet univers si particulier des phares du bout du monde.

Aujourd’hui, le confinement aux accents monastiques aura eu comme vertu de me plonger dans les archives de la presse ancienne, que la BNF vient de mettre, pour quelques jours, à disposition des demandeurs durant cette période singulière de Covid-19. A cette occasion j’ai pu découvrir quelques faits marquants de la vie à Armen dans les années 1921 à 1924, qui témoignent que ces endroits étaient loin d’être des lieux de villégiatures pour romantiques en manque de sensations fortes.

Dans un article de presse « Le Petit Provençal » du 25 janvier 1921, l’écrivain et journaliste André Négis écrit un papier remarquable intitulé « Carnet d’un grincheux » dont voici le texte retranscrit :Un fait divers de trois lignes, mêlé aux informations télégraphiques du jour :
Brest, 22 janvier (1921). Le gardien de phare d’Armen, M. Sébastien Plouzennec, qui vivait en plein océan depuis quatorze ans, a été enlevé par une lame.
Mort tragique et sublime que celle de cet homme qui après avoir vécu quatorze années en face de l’océan breton, est un jour emporté par lui comme un lutteur qui ayant longtemps résisté au monstre est finalement vaincu.
Alphonse Daudet qui, avec deux mots recueillis de la bouche d’un vieux matelot, nous conta l’agonie de la Sémillante, nous a montré aussi la vie des gardiens de phares. C’est un rude métier. Il n’a presque rien d’humain.
On prend un homme, on l’arrache à la société, au mouvement, à la vie et on le jette sur un rocher. Désormais il restera là, surveillant sa lanterne, supprimé du monde des vivants. Si la mort ne le frappe pas, une nuit en pleine veille, la mer le guette et la tempête l’emportera comme une proie.
Et il y a des hommes pour accepter cette vie qui est une demi-mort, il y a des hommes pour jouer les Prométhée à bas prix. Cela devrait nous faire réfléchir nous qui nous plaignons que le voisin du dessus fait du bruit en marchant, nous qui nous plaignons que notre rue n’est pas bien éclairée.
Quand vous serez chez vous le soir au coin du feu, les pieds dans vos pantoufles, assis dans un bon fauteuil, ou quand vous serez au théâtre parmi les lumières et les femmes en toilettes, songez à la mort du gardien de phare Sébastien Plouzennec.
Ce pauvre diable s’en est allé sans bruit, au bout de quatorze ans de dialogue muet avec la « gueuse ; il a glissé comme une feuille de varech dans le grand océan où flottent tant d’hommes de sa race.
Sa disparition a causé un tout petit vide que l’administration bouchera en remplaçant sur les registres un nom par un autre. Il n’aura même pas de funérailles, et sans l’agence Havas, nous ignorerions qu’il a vécu sur son phare – et qu’il y est mort.  –André Négis-

Rares en effet sont les hommages rendus aux vies de ces hommes de l’ombre et dont le métier paradoxalement était d’éclairer la route des autres pour leur assurer la sécurité.

Grâce à l’action médiatique de cette tragédie, un constat cruel fut fait de cet accident : la plate-forme d’entrée du phare ne possédait pas le moindre élément de sécurité.
Aucune protection comme on peut le voir sur cette carte postale probablement prise à une période proche des années 1920.
Pas de garde-corps, pas la moindre rambarde à laquelle le malheureux gardien aurait pu s’accrocher et peut-être ainsi échapper à la mort. Il s’en est allé, avec une lame sourde, balayé  comme une simple feuille morte.

Mais déjà l’administration n’a qu’une idée en tête, remplacer au plus vite le pauvre gardien.
La suite de l’histoire …
Le génome des « Isolés » (1)

Le génome des “Isolés” (1)

C’est un sentiment bien  étrange qui m’envahit ce matin, presque un mal être, comme une absence pesante.
J’aperçois au loin, une mer calme sur la rade de Brest et ce silence, imposé par un confinement contraint depuis bientôt cinquante jours, laisse à l’atmosphère du moment le champ libre aux mélodies cacophoniques des chorales d’oiseaux.
Au loin, dans le brouillard, je distingue la petite île de Trébéron, lazaret où jadis la marine Royale isolait ses marins migrants revenant de contrées lointaines, le temps d’une quarantaine. Aujourd’hui, c’est à mon tour d’être enfermé.
Nous sommes probablement nombreux sur la planète à expérimenter depuis plusieurs semaines le même rituel. Difficile en effet de savoir de quoi demain sera fait, alors on se trouve saisi d’envies soudaines, de retours en arrière. On se met à ranger, on se replonge dans l’avant, on redécouvre des trésors égarés, des souvenirs enfouis, des photos du temps passé, des vieux journaux, des carnets de notes, écrits à la hâte, pour la postérité.
Frénétiquement l’homo sapiens isolé, envahit le net. S’accrochant désespérément à cette petite fenêtre symbole de liberté, il s’empare de facebook, skype, whatsapps and so on, il passe ses journées au téléphone, il ne se laverait même plus, à en croire les journaux. Drôle d’époque, quand on se remémore que le manque d’hygiène fut par le passé, dans nos sociétés qui se disent savantes, cause de tant de mortalités.

L’histoire singulière que je vais vous raconter aujourd’hui et dans les prochains billets n’est pas une fiction mais bien le témoignage de la réalité souvent tragique de ces gardiens des mers dont la contrainte première était d’être confinés. Mais de la dureté de ces métiers disparus et peut-être aussi parce que ceux-ci étaient difficiles et pénibles, tout comme le sont ceux de nos soignants, luttant aujourd’hui d’arrache-pied pour sauver des vies, il se dégage parfois un sens insoupçonné de légèreté et de poésie : la fierté d’être utile, la belle humanité, celle d’être avant tout, au service des autres avec toujours hélas cette double solitude face aux choix que l’on doit faire, quand il s’agit de secourir.

Certes j’avais déjà, par le passé, publié beaucoup de billets de blog et de photos sur mes phares préférés d’Armen, de Tévennec, les enfers bretons et bien d’autres aussi, moins austères, ceux du paradis. Mais aujourd’hui, à mon tour contraint de rester enfermé, je me suis laissé porter par une nouvelle curiosité, celle de découvrir  plutôt que de l’imaginer, l’univers extra-ordinaire de ces hommes qu’à l’époque on appelait les “Isolés”.

Aujourd’hui, cette introspection, stimulée par le confinement prend curieusement pour moi tout son sens car j’ai peut-être enfin trouvé la vraie raison pour laquelle je m’intéresse depuis si longtemps à ces hommes silencieux que l’on appelait aussi “gardiens de feux”. Le gardien c’est rassurant non ? et le feu ça réchauffe…

Alors j’ai ressorti mon vieux microscope rouillé et je viens de découvrir, à ma grande surprise le « génome des “Isolés”, ce génome si rare, dont seuls les gardiens de phares, les vrais, sont dotés…

Alors si vous voulez me suivre, entrez. Exceptionnellement aujourd’hui
je vous ouvre les portes de l’un de mes jardins secrets.
Tout commença un jour d’octobre 1908 …

La suite …

 

Râmine, un autre regard

Chaque printemps est une renaissance dans laquelle la nature et les hommes puisent l’énergie de la vie. Fidèle à cette image généreuse, l’artiste peintre Râmine nous livre une foison d’images nouvelles, qu’il nous laissera soumettre aux regards de plus jeunes, afin que ceux-ci s’en inspirent à leur tour, dans des improvisations poétiques ou musicales.

C’est au Conquet que nous retrouverons l’artiste, dans une maison en cours de rénovation destinée à devenir un gîte touristique. Car l’homme a plusieurs cordes à son arc et aujourd’hui c’est le décorateur d’intérieur qui est à l’œuvre.
Il n’y a pas plus beau site qu’une maison située face à la mer d’Iroise pour exprimer son talent et entraîner les futurs locataires de passage à vivre une immersion dans un monde poétique où Jules Verne et les grands navigateurs inspireront leurs rêves profonds.Qui n’a pas un jour, en scrutant l’horizon, rêvé d’espaces lointains. De l’autre côté c’est l’Amérique, les côtes du St Laurent, Terre Neuve, St Pierre et Miquelon. A quelques encablures, le phare du Four nous fera, la nuit tombée, ses premiers clins d’œil, répondant aux rayons puissants et protecteurs du phare de St Mathieu, là où déjà jadis les moines allumèrent leurs premiers feux à l’attention des navigateurs intrépides. Car un phare n’a pas pour mission d’éclairer la mer, simplement de la baliser en éclairant le marin sur ses dangers.
Peuples de migrants, de tout temps les hommes ont cherché à découvrir le monde, pour fuir hélas parfois les dangers de leur propre existence ou trouver la terre supposée promise. La mer est une passerelle entre les continents que les hommes aiment à franchir. Peut-être aussi qu’à travers ce monde des phares où la lumière étincelante de la lanterne magique apparaît comme une étoile au firmament, le navigateur se rassure par sa présence. Au delà de l’objet féérique, le phare est un symbole de liberté et d’espérance, un clin d’œil bienveillant aux pèlerins des mers pour les inviter à venir se mettre à l’abri.

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Voyageur sans frontière, Ramine explore, invente et réinvente les formes des objets pour les rendre plus poétiques et nous faire rêver. D’un coup de pinceau magique l’arc de cercle coloré se métamorphose en oiseau, albatros ou mouette qu’importe, défiant les lois de la pesanteur, porté par les courants marins et faisant fi des frontières, l’artiste comme le gardien de phare aime aussi les oiseaux…

Par sa mise en abyme, ce petit reportage, diffusé par Tébéo dans le magazine “Chemins de traverse”, raconte l’histoire cachée d’une collaboration entre Râmine et 2 artistes en herbe. Pour ce faire nous monterons simplement aux deux enfants quelques photos de l’artiste et de ses travaux dont des livres illustrés. Ils devront s’en inspirer pour apporter au montage final leur contribution. Ewen (9 ans) interprétera un poème de Jacques Prévert, tandis qu’Alex (12ans), distant de 1000 km, devra improviser un morceau de musique au saxo. Le tout sera savamment orchestré par Murr Caboche (guitare et arrangements) et par Julie Francois pour le montage vidéo.

Ainsi voguent les artistes sur l’océan du monde, dans l’inlassable ritournelle des complicités entre générations.  .

A bientôt pour de nouvelles découvertes …