Fin d’un cycle
Qui ne dit mot consent
Aux maudits maux
Qu’il ressent.
Et si demain on nous rasait gratis ?
Le sujet étant à l’ordre du jour, j’en profite pour témoigner d’une expérience qui vient de m’arriver, en recevant, il y a quelques heures, un de ces nombreux diaporamas qui inondent les réseaux sociaux et que chacun d’entre nous prend plaisir à partager généreusement avec son entourage à coup de “transfert”, de “transfert de transfert”, de “transfert de transfert de transfert” …. nourrissant chaque jour davantage les réseaux internet, d’informations souvent banales, parfois légères ou lumineuses, quelques fois géniales.
C’est cette dernière impression que me fit le diaporama que quelques amis, connaissant mon intérêt pour la sauvegarde du patrimoine ouvrier et pensant me faire plaisir, allaient me faire parvenir par le canal d’un PowerPoint plutôt bien réussi.
Il était consacré à l’histoire du Plateau des Capucins de Brest – anciens ateliers de l’Arsenal de Brest – aujourd’hui transformé en lieu de Culture et de loisirs.
Ce montage de diapositives, agrémenté de textes et d’explications d’apparences sérieuses, ainsi que de photographies instructives autant qu’agréables à regarder, me questionne cependant, car très vite j’y retrouve à la fois le résultat de mon regard photographique et mes commentaires.
Je vais donc rapidement visionner la dernière diapo dans l’espoir d’y découvrir l’identité du « génial géniteur » et, bien sûr, la dernière diapo est vide de générique et de signature.
L’auteur du diaporama, s’étant largement servi des photos que j’avais publiées dans plusieurs articles de ce blog, ne s’est même pas creusé un peu les méninges pour trouver des commentaires personnels, il a tout simplement, “bêtement” devrais-je dire, recopié les miens …
Ce n’est pas la première fois que je trouve mes travaux récupérés, ainsi que plusieurs de mes photos publiées dans des journaux, sans l’élégance de la moindre reconnaissance d’un copyright respecté.
Internet est devenu, un grand marché planétaire où tout semble gratuit et permis. Chacun faisant ses courses, puisant sans vergogne les idées et travaux d’autrui, retirant ainsi d’Internet, un formidable Revenu Universel.
Heureusement que la propriété intellectuelle reste encore protégée par des lois et qu’un fichier informatique, comme une photo numérique, laissent parfois des signatures susceptibles d’identifier les auteurs plagieurs.
Accrochée aux flancs de la montagne St Victoire, sur la route du Moulin de Cézanne, se trouve la petite cité de Puyloubier entourée de vignobles et d’oliviers.
Nous y passerons la nuit dans un camping à la ferme à l’aménagement spartiate, ambiance terrain de bivouac pour colonie de scouts, d’un autre âge.
Le décor est rustique, entre forêt de chênes verts et parcelles de vignobles, mais le calme est au rendez-vous car nous y sommes seuls. Du moins en apparence, car surgissant du néant forestier, de temps à autre, une ombre passe.
Si la nuit fut tranquille, elle laissera dans notre imaginaire planer quelques scénarios dignes des meilleurs polars de Frédéric Dard. Imaginaire peut-être lui même alimenté par l’excellent rosé que nous étions procuré en arrivant, auprès du récoltant et propriétaire des lieux.

Le lendemain, nous poursuivons notre route vers Tourves, Brignoles, Flassans-sur-Issole, Vibaudan et Fréjus.
Tourves, traversée par la Nationale 7, trajet que plus personne n’emprunte, exceptés chaque année les amoureux de vieilles voitures, nostalgiques des embouteillages sans fin, qu’ils aiment à reproduire comme au vieux bon temps et pour seul plaisir, celui de faire la fête.
Sachant que plus aucun gendarme ne règle la circulation, certains attelages fantaisistes osent encore s’aventurer.
A Brignoles le paysage devient changeant. Nous sommes désormais dans le Var. La région aride, aux terres rouges chargée de bauxite, se dévoile peu à peu.
Sur une place de Brignoles ce monument rappelle que nous sommes dans une région minière. L’extraction de ce minerai, utilisé pour l’aluminium, alimente encore aujourd’hui, à cause de ses boues rouges, les chroniques des journaux, autant que la pollution de la méditerranéenne.
Puis nous arrivons à Fréjus, annonçant par ses vestiges romains, un passé maritime lointain.

Nous resterons quelques jours dans la région pour quelques visites amicales entre Cagnes-sur-Mer et Aubagne, le temps aussi de saluer la mémoire de Marcel Pagnol.
Nous profiterons également de ces étapes pour sillonner la région par des itinéraires différents car entre Fréjus et Menton se trouve le massif de l’Esterel qui impose au conducteur un choix cornélien, emprunter la Nationale 7 en passant par le mont Vinaigre ou la route côtière en longeant la corniche haute de l’Esterel entre St Raphaël et Cannes. Tant qu’à avoir fait le déplacement de Bretagne, nous emprunterons les deux itinéraires et nous ne serons pas déçus.
Tout d’abord le Mont Vinaigre, qui domine le massif de l’Estérel et que nous gravirons à pied jusqu’à son sommet à 614 m. Nous aurons un beau panorama sur la Méditerranée même si la météo du moment provoque au loin un écran brumeux qui nous prive d’un beau cliché. Qu’importe, car le silence et les couleurs sont complices pour un instant de contemplation.

Les paysages côtiers sont tout aussi sublimes lorsque, par chance, il est permis de s’éloigner du béton.
Car quelques jours plus tard, nous quitterons ces paysages de rêve pour retrouver ceux de la civilisation trépidante.
Notre long périple touche donc à sa fin. Terminé le temps des routes désertiques, celui des villages fantômes où le passé semble s’être figé, laissant aux regards des curieux, les murs lézardés supportant encore des peintures rupestres délavées. Terminé le temps des stations services abandonnées où plus personne ne s’arrête. Ici on pénètre dans un autre monde ou plutôt dans deux autres mondes selon le point de vue que l’on veut bien leur donner, selon le chemin emprunté aussi. Celui des discrètes collines au calme reposant et aux paysages sublimes, où celui des bords de mer, bétonné et aseptisé, où le moindre arrêt reste impossible car le paysage semble confisqué, masqué par de hautes palissades surmontées de caméras, comme par crainte d’être volé.
Dans une ultime étape nous partirons de Cannes en longeant la côte jusqu’à Nice.

Puis, prenant la corniche haute surplombant l’inaccessible Monaco, nous arriverons avec un certain empressement au terme de notre longue randonnée, le temps d’une dernière photo, tel un chasseur d’images pressé de rapporter son trophée.
Mille bornes depuis Paris et quelques autres au compteur depuis la Bretagne pour atteindre enfin Menton.
Maintenant c’est l’heure du retour, mais cela est déjà un autre voyage.
Mon livre de bord sur la nationale 7 peut donc se refermer.
Au total, 17 jours sur la route pour un périple de 2869 km.
A bientôt pour d’autres aventures, dont les thèmes ne sont pas encore trouvés.