Lafayette (3)- Terre française

Lafayette-EnfantsQue de villes étranges, ces cités moyennes américaines. Pas vraiment de centre ville clairement identifié comme chez nous, par une place centrale autour de laquelle se repèrent facilement la mairie ou l’église. Ici le point GPS vous donne tout simplement le centre géographique, soit la plupart du temps, un croisement de rues et les villes, même aux dimensions raisonnables sont étendues. Ce qui attire l’attention, comme dans beaucoup d’états, ce sont ces maisons de plein pied, avec de grandes pelouses, toujours impeccablement tondues, sans clôture. On s’étonne moins dès lors de faire des kilomètres pour trouver le n° 2500, voire un n°11000.
Aussi, flâner au centre ville reste un exercice désuet dans ce pays où la voiture est reine. Les quelques personnes que l’on peut croiser en déambulant sont, soit des touristes, soit des pauvres.

Lafayette-StatuePas étonnant donc, dans cette ville si marquée par l’histoire des Etats-Unis, de trouver les traces tangibles du passage des français. Et notre satisfaction sera totale lorsque nous découvrirons, dans ce pays anglophone, certaines indications de rues et de panneaux d’orientations écrits en Français. Le port de Brest est le port de la vieille Europe d’où partirent les troupes de Rochambeau pour aider à la construction de ce qui allait devenir le Nouveau Monde. Notre présence symbolique ici, à quelques jours de la célébration de l’Independance Day, est un discret salut à la relation amicale franco-américaine. Le centre ville est désert et le soleil de plomb. Il fait 40°C.

Lafayette-Declaration« Je n’apporte à l’Amérique nulle ambition, nul intérêt particulier … Le bonheur de l’Amérique est intimement lié au bonheur de toute l’humanité ! … A bord de « La Victoire » Avril 1777.


Lafayette, ville de 115 000 habitants est surtout une ville administrative au centre historique assez austère. Mais c’est aussi la capitale du pays Cajun, depuis que les premiers Acadiens, chassés du nord-est de l’Amérique, vinrent trouver refuges sur des terres jusque là occupées par les Indiens attakapas.

Lafayette-JournauxComme cela est souvent le cas dans les cités américaines, les distributeurs de journaux anglo-saxons sont à chaque coin de rue. Cette image, un peu stéréotypée de la société, est ici quelque peu écornée, car dans ce pays Cajun, où l’on ne parle plus le français depuis longtemps, il est curieux et encourageant de voir que les jeunes générations trouvent, par le biais de la musique et toutes autres formes d’expressions artistiques, un regain d’intérêt pour la langue de Molière.

Une bien curieuse et agréable rencontre

Cite-des-ArtsAttiré par toutes les inscriptions en français, mon regard se laisse guider par « Cité des Arts » inscrit sur le fronton d’un bâtiment.
La place ne semble pas très active mais la porte est ouverte, alors je tente prudemment la rencontre.
En Amérique, il faut toujours être attentif à ce que l’on fait, le sens de la propriété privée est sacré, toute violation peut être lourdement sanctionnée et si une intrusion est considérée comme malveillante, on peut même y laisser la vie.

Cite-des-Arts-300La légitime défense est un argument juridique recevable en Louisiane. Le débat avec l’affaire « Zimmerman » qui bouleverse aujourd’hui encore l’Amérique est là pour en témoigner, et lorsque les vieux démons racistes s’invitent au débat, la prudence s’impose. Le lieu semble calme et désert. Je m’apprête à faire demi tour lorsqu’une voix m’interpelle : « What can I do for you ? ». Très vite je décline mon identité et les motivations de ma curiosité.

Mon accent français et mon intérêt pour la chose artistique feront le reste. Nous sommes accueillis par la directrice des lieux avec un savoureux « Welcome, France ».
Cette rencontre, du troisième type, était peut-être révélatrice d’une certaine intuition ou tout simplement d’un flair naturel car tout ressemble ici à la « Maison du Théâtre de Brest ».
Cite-des-Arts-Salon

Très vite nous trouverons matière à discussion et échange. Ce qui est formidable dans ce pays Cajun c’est que les présentations entre individus commencent toujours par la déclinaison de l’identité « What’s you name ? »… le reste n’est que conversation amicale entre personnes qui semblent se connaître depuis des temps reculés. Un américain recherche toujours un cousin venant du vieux monde.
Christy Leichty nous fera visiter le bâtiment, un ancien garage réhabilité en établissement culturel, dont la mission est de promouvoir le développement des expressions artistiques vivantes, théâtre, danse, musique. Plusieurs salles ateliers dans lesquelles les élèves jeunes, ado ou adultes préparent, avec l’accompagnement de professionnels, des spectacles qui seront présentés au public.
Nous assisterons ainsi à un cours de danse moderne, visiterons une salle de «close show », de moins de 100 places, petite salle intime dans laquelle les spectateurs sont pratiquement sur scène avec les comédiens.
Pour en savoir plus sur ce Centre, cliquer ici.

Et les Cajuns, les vrais, où sont-ils ?

Vermilionville-MerlinComme dans beaucoup d’endroits de la planète, il faut chercher un peu pour trouver un semblant d’authenticité.
La vraie histoire du peuple Cajun, nous la trouverons dans les alentours de Lafayette avec l’incontournable visite de l’Acadian Cultural Center. Car comprendre l’histoire des Cajuns de Louisiane et celle du « Grand dérangement » qui jadis avait conduit les Acadiens du Nord de l’Amérique à l’exil, est indispensable pour comprendre la sensibilité de ses habitants.
Le Cajun est en quête de racines et si une rencontre commence par un «comment tu t’appelles ? », on peut être certain que notre interlocuteur est d’origine Cajun. Nous ferons de belles rencontres, vraies et poétiques en discutant avec ces personnes, souvent des retraités âgés qui s’ils parlent un français cajun particulier, expriment à notre égard une hospitalité touchante.

Je salue ici au passage Merlin Fontenot, ancien agriculteur, personnage haut en
couleur et qui peut être fier de ses 90 printemps.

Nous aurions pu passer l’après midi à ses côtés tant il semblait heureux de parler français. Il nous jouera même la « Marseillaise », « Joyeux Anniversaire » et nous invitera le soir même chez Randold’s, restaurant mythique de Louisiane où il joue encore tous les vendredi soir de la musique Cajun. Il nous racontera sa jeunesse, parlant de son premier violon, fait à partir d’une boite de cigares et évoquera cette époque lointaine, où dans son école, il lui était interdit de parler Français. Cela rappellerait certainement quelque chose à nos grands parents Bretons. N’est-ce pas là le dur cheminement que connaissent tant de langues dites minoritaires et pourtant combien porteuses de poésie et d’histoires authentiques. Mais la domination du plus fort est si grande à l’égard du plus faible. Que reste-t-il de l’esprits des lumières véhiculé par Lafayette ? … et de notre exception culturelle qui fait encore débat au moment où j’écris ces quelques mots ?

Vermillon ville.
Vermilionville-CliffCe petit village reconstitué est un endroit paisible où de nombreux retraités Cajuns se retrouvent pour partager avec le public leurs traditions ancestrales. C’est étonnant dans ce pays la place que les anciens peuvent avoir dans les relations touristiques. Nous l’avions déjà remarqué dans plusieurs états du Nord Est américain, car en Amérique, le retraité n’est inactif que lorsque ses capacités lui imposent le repos.

Vermilionville-Cliff-2Broderie, cuisine, métiers traditionnels disparus, ou encore plaisirs artistiques sont présentés au public. Des personnes, en costumes traditionnels, s’adonnent parfois avec passion à leurs passe-temps favoris, comme ici avec Cliff Mire, remarquable sculpteur, grand connaisseur des bois et de ses travers (fongus-champignons) avec lequel j’ai pris beaucoup de plaisir à discuter. Nous avons même échangé nos e-mail pour continuer à parler du bois et de ses secrets.

A bientôt pour un prochain billet.

 Voir l’article précédent « La Lousiane (2) – les bayous ».(cliquer ici)

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