Bouteille à la mer (2)

Quelques jours plus tard, de retour sur cette petite plage St Julien…
L’été aura du mal à s’imposer cette année, car il fait encore frais pour la saison.
Par chance, ce soir il fait plutôt bon, le ciel est dégagé, tout semble paisible comme au moment où la nature va se mettre en veille, les oiseaux font silence. La nuit s’annonce.

Je n’avais pas encore dîné, mais qu’importe, car plus personne ne m’attend. J’aime à venir flâner sur les quais en ces fins de soirées, pour le simple plaisir de sentir l’atmosphère du port qui s’endort. Seuls quelques pêcheurs attardés rentrent du raz de sein, rapportant à la criée leurs prises du jour. Il est toujours agréable de voir accoster leurs puissantes embarcations et admirer les bars fraichement pêchés. L’imaginaire fait alors le reste. Souvent ces hommes solitaires sont de grands taiseux. Inutile de les questionner. A quoi bon. Ils rentrent fourbus de leurs dures journées et n’ont qu’un souhait rentrer au plus vite au bercail, pour demain repartir de plus belle. J’ai pour eux et le métier qu’ils exercent, avec une si grande passion, une profonde admiration.

Mais ce soir je suis poussé par l’envie de faire quelques pas sur la plage.
Qu’il est agréable de se sentir seul au monde en marchant sur le sable d’une plage déserte. Je mesure ce luxe en imaginant les embouteillages que certains de mes compatriotes subissent en ce moment dans les grandes métropoles. Un vrai sentiment de plénitude que j’aurais tant aimé partager avec celle qui, il y a quelques mois encore, partageait mes promenades.

Je passe donc devant le mémorial des “Péris en mer” et comme à chaque fois, j’éprouve une pensée pour ceux qui ne reviendront jamais. Un peu plus haut, telle une sentinelle surplombant la colline, la petite église garde l’entrée du port. Plus loin, face à ce môle du Raoulic, tant de fois arpenté, le petit cimetière marin où s’endorment une fois encore leurs éternels locataires, bercés par le murmure des vagues et les derniers clapots du soir.

Je surplombe l’entrée de la plage et descend la cale aux vieux pavés usés qui vient en pente douce araser le sable fin mouillé. En face, la passerelle des Capucins semble se diluer dans un halo de brume naissante.

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Mon regard est soudain attiré par un point brillant à la surface de l’eau. Se dandinant à la surface du miroir, flottant comme un bouchon, une bouteille à la forme d’une quille de bowling que je devine être de Perrier, semble tranquillement attendre qu’on la prenne. Je n’aurais pas beaucoup d’effort à faire pour y parvenir. Juste à mouiller l’une de mes chaussures. Surprise. Elle semble contenir quelque chose. Le verre transparent laisse apparaitre une feuille de papier enroulé, proprement maintenue par un élastique. Une bouteille à la mer. Une vraie cette fois, avec un message. Incrédule rencontre que je ne peux partager avec personne puisque je suis seul. Je pose cette bouteille sur le rebord de la cale et reste un instant sans bouger. Mon histoire du “Souffleur” ,entremêlée avec celle du Bugaled Breizh, remonte à ma mémoire. Improbable rencontre en ce lieu si singulier, où il y a quelques années j’avais inventé une histoire pour la raconter à mes petits enfants en leur expliquant le pourquoi d’une bouteille errant à la surface de l’eau et le rôle de ce monument, à la mémoire des disparus en mer.

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La capsule de la bouteille bien fermée, avait rendu l’habitacle étanche. Je retire avec précaution le billet. Comme un gamin tirant avec délicatesse l’anneau d’un billet de loterie de kermesse, je retire l’élastique…

Farce d’adolescent ou vrai message posté par des jeunes mariés ? Je ne le saurais jamais. Encore un de ces mystères auxquels la petite plage St Julien m’aura habitué. La ville d’Ys n’est pas loin, avec elle tous mes souvenirs de lectures d’enfance, s’entrelacent avec les récits de mes ainés. La mer a tellement de secrets.
Un simple regret car je commençais à avoir faim. Mes hôtes ne m’avaient pas laissé leur coordonnées. Dommage. J’aurais tant aimé faire une bise à la mariée. Qu’importe, il est temps de rentrer, alors bon vent à Madeleine et et à son cavalier.

Bouteille à la mer (1)

Quelle belle image, pour un marin, que d’évoquer la découverte d’une “bouteille à la mer”. Elle symbolise à la fois l’espoir, pour celui qui l’a lancée, d’être découverte un jour par un inconnu, et mieux encore, si celle-ci contient un message, que celui-ci soit lu.

Car “une bouteille à ma mer” est riche de symboles. Elle peut exprimer une grande détresse, celle d’un naufragé nourri par l’espoir d’être secouru, ou simplement le désir poétique et secret de ce que la communauté humaine recèle de plus beau dans une rencontre dûe au hasard, la prise en compte d’un vœu.

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Le décor est campé. En bout de quai, marquant l’entrée de la plage, un monument discret, souvent fleuri, évoque par ses nombreuses plaques souvenirs, soigneusement disposées sur un mur qui lui fait face, les noms des bateaux et des membres d’équipages qui, au fil du temps ont péri en mer.

Maintes fois questionné par mes petits enfants sur la signification de ce mémorial, je m’étais inspiré d’une histoire vécue pour leur raconter au moment de la disparition du Bugaled-Breizh, dont une plaque commémore aussi le tragique destin, qu’une bouteille à la mer, arrivant à s’échouer sur la plage où ils jouaient, allait apporter enfin la réponse à l’énigmatique question : “Que s’est-il réellement passé ?”
Bien évidemment la présence évoquée du rôle supposé d’un sous-marin, ne devait pas être tout à fait étrangère à ce récit. Cette hypothèse me ramenait alors à mon histoire d’enfance, celle du sous-marin “Souffleur” dont le prédateur avéré était anglais et répondait au nom de “Parthian”.

Mais les deux rencontres successives que je devais faire en ce mois de juin 2019 allaient être surprenantes, à plus d’un titre.

La première est en lien avec le précédent billet. Ce reportage, diffusé sur FR3 le 26 avril 2019 dans le journal du 19/20 concernait  le sous-marin “Souffleur”, qui lui aussi, mais dans ce cas c’était une certitude, mettait en cause un sous-marin anglais. Je visualisais alors le reportage avec un grand intérêt, et après avoir échangé, quelques jours plus tard avec l’un de ses auteurs, je m’apercevais, que dans les motivations du documentaire, il y avait quelque chose qui ressemblait à “une bouteille à la mer”.
Si le “souffleur” git toujours par 30m de fond au large des côtes du Liban, l’existence d’un sordide musée dévoilé par le reportage questionne les consciences des descendants de ces marins disparus, et au-delà des intéressés, il questionne simplement la conscience humaine. Faisant abstraction à toute polémique historique ou politique concernant les raisons tragiques de leurs disparitions en 1941, c’est la mémoire de ces marins qui demande simplement à être respectée. Espérons que la sagesse humaine puisse un jour dépasser toute autre considération. Probablement que Michel Serres, disparu hélas trop vite aurait eu sur ce reportage un regard aussi attentif que philosophique.

Mais “une bouteille à la mer” peut en cacher une autre. Décidément la petite plage de St Julien en la commune de Plouhinec du Finistère, allait une fois encore me réserver une sacrée surprise …

( à bientôt, pour la suite)

 

Râmine, un autre regard

Chaque printemps est une renaissance dans laquelle la nature et les hommes puisent l’énergie de la vie. Fidèle à cette image généreuse, l’artiste peintre Râmine nous livre une foison d’images nouvelles, qu’il nous laissera soumettre aux regards de plus jeunes, afin que ceux-ci s’en inspirent à leur tour, dans des improvisations poétiques ou musicales.

C’est au Conquet que nous retrouverons l’artiste, dans une maison en cours de rénovation destinée à devenir un gîte touristique. Car l’homme a plusieurs cordes à son arc et aujourd’hui c’est le décorateur d’intérieur qui est à l’œuvre.
Il n’y a pas plus beau site qu’une maison située face à la mer d’Iroise pour exprimer son talent et entraîner les futurs locataires de passage à vivre une immersion dans un monde poétique où Jules Verne et les grands navigateurs inspireront leurs rêves profonds.Qui n’a pas un jour, en scrutant l’horizon, rêvé d’espaces lointains. De l’autre côté c’est l’Amérique, les côtes du St Laurent, Terre Neuve, St Pierre et Miquelon. A quelques encablures, le phare du Four nous fera, la nuit tombée, ses premiers clins d’œil, répondant aux rayons puissants et protecteurs du phare de St Mathieu, là où déjà jadis les moines allumèrent leurs premiers feux à l’attention des navigateurs intrépides. Car un phare n’a pas pour mission d’éclairer la mer, simplement de la baliser en éclairant le marin sur ses dangers.
Peuples de migrants, de tout temps les hommes ont cherché à découvrir le monde, pour fuir hélas parfois les dangers de leur propre existence ou trouver la terre supposée promise. La mer est une passerelle entre les continents que les hommes aiment à franchir. Peut-être aussi qu’à travers ce monde des phares où la lumière étincelante de la lanterne magique apparaît comme une étoile au firmament, le navigateur se rassure par sa présence. Au delà de l’objet féérique, le phare est un symbole de liberté et d’espérance, un clin d’œil bienveillant aux pèlerins des mers pour les inviter à venir se mettre à l’abri.

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Voyageur sans frontière, Ramine explore, invente et réinvente les formes des objets pour les rendre plus poétiques et nous faire rêver. D’un coup de pinceau magique l’arc de cercle coloré se métamorphose en oiseau, albatros ou mouette qu’importe, défiant les lois de la pesanteur, porté par les courants marins et faisant fi des frontières, l’artiste comme le gardien de phare aime aussi les oiseaux…

Par sa mise en abyme, ce petit reportage, diffusé par Tébéo dans le magazine “Chemins de traverse”, raconte l’histoire cachée d’une collaboration entre Râmine et 2 artistes en herbe. Pour ce faire nous monterons simplement aux deux enfants quelques photos de l’artiste et de ses travaux dont des livres illustrés. Ils devront s’en inspirer pour apporter au montage final leur contribution. Ewen (9 ans) interprétera un poème de Jacques Prévert, tandis qu’Alex (12ans), distant de 1000 km, devra improviser un morceau de musique au saxo. Le tout sera savamment orchestré par Murr Caboche (guitare et arrangements) et par Julie Francois pour le montage vidéo.

Ainsi voguent les artistes sur l’océan du monde, dans l’inlassable ritournelle des complicités entre générations.  .

A bientôt pour de nouvelles découvertes …