De la pointe du Raz à Venise (1)

En arpentant les sentiers de randonnées du bout du monde, là où pour un breton finit la terre, se trouve une étrange borne de granit sur laquelle sont gravés ces quelques mots :
“GR34 – Pte du Raz–Venise”.
Cette borne, signe l’exploit d’un randonneur téméraire qui, en 2003, entreprit une promenade de plus de 3000 km pour relier Venise.

Loin de vouloir réitérer cet exploit, Venise sera néanmoins la destination que nous avions rêvé d’entreprendre avec Loeïza à l’occasion de ses dix ans. Si quelques mois se sont passés depuis sa date anniversaire, ceux-ci furent propices à entretenir le rêve et à murir le projet.

Bien que les quelques images diffusées dans cette nouvelle série d’articles sont d’avantage destinées à immortaliser notre voyage, elles pourraient aussi servir de guide, par notre retour d’expérience, à tous ceux qui seraient tentés par cette courte aventure Vénitienne de 5 jours, basée sur un vol sec et une réservation d’hôtel avant départ.
Partis de Brest, tôt le matin du 26 octobre 2017, avec escale à Paris, c’est vers midi que nous arriverons à Venise. Très tôt donc pour profiter pleinement d’une demie journée de visite. Il en sera de même pour notre retour, programmé en fin de journée à 18h, ce qui nous permettra de passer 5 jours complets pour seulement 4 nuits d’hôtel. Venise en effet étant une des destinations du monde des plus recherchées, l’hébergement reste un budget assez conséquent, même hors saison touristique.

Place donc aujourd’hui à la réalité, débarrassée des contingences matérielles.
Le temps est venu d’attacher nos ceintures et de décoller. Ouvrons grand les yeux. Une vue aérienne, par beau temps, est toujours un spectacle saisissant. La chaîne des Alpes, aux sommets enneigés et les lacs du nord de l’Italie annoncent notre approche de la cité Vénitienne.

C’est un peu avant midi que nous atterrirons à l’aéroport Marco Polo. Le guide du Routard (notre bible) et un précédent voyage à Venise nous avaient déjà préparés à certains aspects matériels et d’organisation. De l’aéroport, le moyen le plus rapide et le moins onéreux pour se rendre à Venise est d’emprunter les navettes de cars de la compagnie ATVO. Il est préférable de prendre directement les billets aller/retour si l’on repart de Venise par l’aéroport. Les achats de billets se font à la sortie de l’aéroport où des personnels de la compagnie sont disponibles pour nous guider, souvent en français. L’anglais restant cependant un précieux sésame si l’on ne parle pas italien. Compter 15 € le billet avec une prise en charge des bagages, ce qui n’est pas le cas avec les transports publics dont le tarif est pourtant identique.
Il y a une navette toute les 20mn et la durée du trajet est du même ordre, moins de 30mn. La route qui même à la cité Vénitienne borde la voie de chemin de fer qui lui est parallèle. Elle traverse la lagune, par une longue ligne droite d’une dizaine de kilomètres reliant ainsi la terre ferme à la cité lacustre. Déjà se dessinent les premiers poteaux de bois et micros îles avoisinantes.

Notre arrivée se fera Piazzale Roma à quelques encablures de la gare de chemin de fer (Stazione Santa Lucia), elle même très proche de l’hôtel que nous avions choisi dans le quartier Cannaregio. Autant dire que c’est à pieds, sans difficulté, que nous rejoindrons notre paisible lieu de séjour. Inutile de prendre les porteurs de bagages qui se pressent à la sortie du bus, sauf bien sûr si vous avez prévu un déménagement.

Sur ce plan, quelques repères numérotés permettent de situer les principaux musées publics de la ville. J’y reviendrai au cours des articles.
Pour notre part, profitant de notre passage près du « Point InfoTouriste » situé Piazzale Roma, nous avons, sans hésité, opté pour l’achat de « Pass transport » pour trois jours. Ce qui permet de voyager à la demande en vaporetto et bus (sauf aéroport) sur cette durée, sans se soucier d’acheter des billets individuels (7,50€ valide une heure). Ces pass seront vite amortis en 3 jours car ils permettent de se rendre sur les îles voisines de Murano et Burano, entre autres. De plus, les jeunes de 6 à 29 ans possédant la carte Rolling Venice (6€) obtiennent des tarifs préférentiels sur beaucoup de forfaits. Prix du pass transports publics ATCV pour 3 jours : 40€/personne (22€ pour moins de 29 ans en possession de la carte Rolling Venice).

Pour la même raison, les Pass Visites des Musées sont intéressants au regard des prix de billets individuels. Ils permettent d’autre part l’accès direct, sans file d’attente. Une astuce, les acheter dans les musées les moins fréquentés, pour éviter de longues files d’attente. Ce que nous ferons au Musée Correr et nous permettra d’accéder au Palais des Doges rapidement. Plusieurs formules sont proposées en fonction de son appétit culturel et de la durée du séjour. Pour notre part nous avons opté pour le Pass donnant accès à 9 musées publics sur les 12 pour un tarif de 18€/personne, suffisant pour éviter l’indigestion.
Au passage, un merci à l’agence Salaün Voyages de Brest-St Martin, pour avoir rapidement réglé, la veille au soir de notre départ, l’annulation de notre vol de départ initialement prévu vers Lyon-Venise, réussissant in-extremis à le remplacer par un Paris-Venise. Cette célérité dans le traitement du dossier était à saluer.

La première image de notre arrivée sera donc celle de la station de vaporetto Ferrovia que nous emprunterons quotidiennement.
En face, l’imposante église San Siméon Piccolo nous met dans l’ambiance de l’environnement architectural qui nous attend, car ici le nombre des églises avoisine la centaine.
Ce premier contact passé nous allons directement à l’hôtel, poser nos bagages afin de ne pas perdre une seule seconde et nous lancer dans la ville …
Situé à 200 mètres de la gare et du vaporetto, l’hôtel Alloggi Agli Artisti est un établissement simple mais accueillant, dans une rue piétonne, étroite et calme.
Le service du petit déjeuner est très correct et le personnel parle français.
La décoration suggestive de la chambre nous rappelle que Venise fut la cité de Casanova.

Voila pour le décor, il est temps à présent d’aller se perdre dans les ruelles et de faire nos premières vraies découvertes … (la suite donc, dans quelques heures)

Article suivant : Venise, une ville sur pilotis (2)

 

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Accrochée aux flancs de la montagne St Victoire, sur la route du Moulin de Cézanne, se trouve la petite cité de Puyloubier entourée de vignobles et d’oliviers.1208-st-victoire

Nous y passerons la nuit dans un camping à la ferme à l’aménagement spartiate,  ambiance terrain de bivouac pour colonie de scouts, d’un autre âge.

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Le décor est rustique, entre forêt de chênes verts et parcelles de vignobles, mais le calme est au rendez-vous car nous y sommes seuls. Du moins en apparence, car surgissant du néant forestier, de temps à autre, une ombre passe.1233-vibaudan

Si la nuit fut tranquille, elle laissera dans notre imaginaire planer quelques scénarios dignes des meilleurs polars de Frédéric Dard. Imaginaire peut-être lui même alimenté par l’excellent rosé que nous étions procuré en arrivant, auprès du récoltant et propriétaire des lieux.
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Le lendemain, nous poursuivons notre route vers Tourves, Brignoles, Flassans-sur-Issole, Vibaudan et Fréjus.
Tourves, traversée par la Nationale 7, trajet que plus personne n’emprunte, exceptés chaque année les amoureux de vieilles voitures, nostalgiques des embouteillages sans fin, qu’ils aiment à reproduire comme au vieux bon temps et pour seul plaisir, celui de faire la fête.

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Rue étroite de Tourves, ancien passage de la Nationale 7

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Conduite sportive et aventureuse

Sachant que plus aucun gendarme ne règle la circulation, certains attelages fantaisistes osent encore s’aventurer.

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Brignoles, hommage aux mineurs.

A Brignoles le paysage devient changeant. Nous sommes désormais dans le Var. La région aride, aux terres rouges chargée de bauxite, se dévoile peu à peu.

Sur une place de Brignoles ce monument rappelle que nous sommes dans une région minière. L’extraction de ce minerai, utilisé pour l’aluminium, alimente encore aujourd’hui, à cause de ses boues rouges, les chroniques des journaux, autant que la pollution de la méditerranéenne.
Puis nous arrivons à Fréjus, annonçant par ses vestiges romains, un passé maritime lointain.
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Nous resterons quelques jours dans la région pour quelques visites amicales entre Cagnes-sur-Mer et Aubagne, le temps aussi de saluer la mémoire de Marcel Pagnol.
Nous profiterons également de ces étapes pour sillonner la région par des itinéraires différents car entre Fréjus et Menton se trouve le massif de l’Esterel qui impose au conducteur un choix cornélien, emprunter la Nationale 7 en passant par le mont Vinaigre ou la route côtière en longeant la corniche haute de l’Esterel entre St Raphaël et Cannes. Tant qu’à avoir fait le déplacement de Bretagne, nous emprunterons les deux itinéraires et nous ne serons pas déçus.
Tout d’abord le Mont Vinaigre, qui domine le massif de l’Estérel et que nous gravirons à pied jusqu’à son sommet à 614 m. Nous aurons un beau panorama sur la Méditerranée même si la météo du moment provoque au loin un écran brumeux qui nous prive d’un beau cliché. Qu’importe, car le silence et les couleurs sont complices pour un instant de contemplation.
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Vue du sommet du mont Vinaigre

Les paysages côtiers sont tout aussi sublimes lorsque, par chance, il est permis de s’éloigner du béton.

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Côte à la pointe du Cap Roux

St Raphaël

Petite plage du Cap Roux près de St Raphaël

Car quelques jours plus tard, nous quitterons ces paysages de rêve pour retrouver ceux de la civilisation trépidante.
1223-pub-vittelNotre long périple touche donc à sa fin. Terminé le temps des routes désertiques, celui des villages fantômes où le passé semble s’être figé, laissant aux regards des curieux, les murs lézardés supportant encore des peintures rupestres délavées. Terminé le temps des stations services abandonnées où plus personne ne s’arrête. Ici on pénètre dans un autre monde ou plutôt dans deux autres mondes selon le point de vue que l’on veut bien leur donner, selon le chemin emprunté aussi. Celui des discrètes collines au calme reposant et aux paysages sublimes, où celui des bords de mer, bétonné et aseptisé, où le moindre arrêt reste impossible car le paysage semble confisqué, masqué par de hautes palissades surmontées de caméras, comme par crainte d’être volé.

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Villeneuve-Loubet

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C’est l’autre monde, celui du béton.

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Un autre décor celui des films, de Cannes et de son festival.

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Pointe de l’aiguille près de la Napoule

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Dans une ultime étape nous partirons de Cannes en longeant la côte jusqu’à Nice.
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Puis, prenant la corniche haute surplombant l’inaccessible Monaco, nous arriverons avec un certain empressement au terme de notre longue randonnée, le temps d’une dernière photo, tel un chasseur d’images pressé de rapporter son trophée.

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Monaco city

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Plus de place ? Alors en empile ….

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Hôtel Carlton de Cannes

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Hôtel Negresco de Nice

Mille bornes depuis Paris et quelques autres au compteur depuis la Bretagne pour atteindre enfin Menton.

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Maintenant c’est l’heure du retour, mais cela est déjà un autre voyage.
Mon livre de bord sur la nationale 7 peut donc se refermer.
Au total, 17 jours sur la route pour un périple de 2869 km.

A bientôt pour d’autres aventures, dont les thèmes ne sont pas encore trouvés.

N7- D’Avignon au pays de Cézanne

Avignon, ville étape obligatoire pour un amateur de théâtre, connue et reconnue pour son festival annuel. Mais Avignon, c’est aussi la Cité des Papes et pas seulement celle du Châteauneuf.

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Visite incontournable du Palais gothique moyenâgeux, situé au centre historique de la  ville, cerné par des remparts datant du XIV ème siècle. Véritable invitation à la découverte des lieux classés au patrimoine de l’Unesco et à une déambulation dans les ruelles d’un autre âge.

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Après avoir quitté Avignon, notre descente vers la méditerranée nous conduira à Noves, Verquières et St Andiol ville où vécut Jean Moulin durant sa jeunesse.
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Nous retrouverons souvent les traces historiques de Jean Moulin sur notre route. Nous sommes en Provence, dans les Bouches du Rhône.
1187-st-andiolLes villes se succèdent au rythme des passages ombragés de platanes, véritables signatures de la 7, comme nous avons déjà pu le constater lors de notre voyage.
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Garage ELF de Noves

S’en suivent les villes de Orgon, Sénas et Lambesc avec sa tour carrée surmontée d’une horloge Jacquemart, ce qui nous rappelle notre passage à Moulins.

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L’horloge Jacquemart est un automate représentant souvent un personnage muni d’un marteau et qui frappe une cloche toutes les heures.

 

Parcourt historique, puisque à présent nous arrivons à St Cannat qui nous accueille avec la statue du bailli de Suffren célèbre navigateur du XVIII ème siècle, redouté des anglais pour ses talents militaires.

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Station Total de Célony aux portes de Aix-en-Provence

Nous sommes déjà aux portes d’Aix-en-Provence et retrouvons à Célony, une fois encore, l’image de la nationale 7 à travers cette station service à l’architecture élancée, tel un totem indien rencontré au bord de route 66. Mais nous sommes bien toujours sur la bonne trajectoire.

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Au loin, la montagne St Victoire est un appel à prendre quelques chemins de traverses dans les pas de Paul Cézanne. Fuyant les terrains de camping internationaux aux multiples étoiles où l’on parle toutes les langues, sauf le français, nous emprunterons la minuscule D17, pentue et tortueuse, jusqu’à Puyloubier où, pour une halte réparatrice nous trouverons refuge au camping municipal déserté par la foule.
Inspirés par Cézanne, face à la montagne St Victoire, nous changerons la couleur pourpre d’un Côtes-du-Rhône par celle d’un rosé pastel, couleur de Provence.
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Ainsi se termine notre nouvelle étape de 121 km. Il nous reste encore 200 km environ avant d’arriver à Menton. Demain sera un autre jour.