Saluez riches heureux …

« Saluez riches heureux
Ces pauvres en haillons
Saluez, ce sont eux
Qui gagnent vos millions … »

Tout Douarneniste, d’un âge certain, se rappellera certainement cette chanson, fredonnée à maintes occasions, lors de fêtes de familles ou de célébrations commémoratives.

Plus connue comme étant le « Chant des sardinières », entonné lors des célèbres grèves des années 1920, cette chanson, autant que les luttes ouvrières, aura probablement inspiré Jacques Prévert.

En juin 1935, pour le spectacle « Suivez le Druide » qu’il écrira pour le groupe Octobre, à l’occasion d’une fête bretonne, il publiera :

Chanson des Sardinières

Tournez tournez
petites filles
tournez autour des fabriques
bientôt vous serez dedans
tournez tournez
filles des pêcheurs
filles des paysans
 
Les fées qui sont venues
autour de vos berceaux
les fées étaient payées
par les gens du château
elles vous ont dit l’avenir
et il n’était pas beau
 
Vous vivrez malheureuses
et vous aurez beaucoup d’enfants
beaucoup d’enfants
qui vivront malheureux
et qui auront beaucoup d’enfants
qui vivront malheureux
et qui auront beaucoup d’enfants
beaucoup d’enfants
qui vivront malheureux
et qui auront beaucoup d’enfants
beaucoup d’enfants
beaucoup d’enfants…
 
Tournez tournez
petites filles
tournez autour des fabriques
bientôt vous serez dedans
tournez tournez
filles des pêcheurs
filles des paysans.

A travers un parcours urbain, la ville de Douarnenez célèbre en 2024, le centième anniversaire de ces grèves.
Ainsi, en partenariat avec l’office du tourisme et l’association culturelle Emglev Bro Douarnenez, l’illustratrice Marianne Larvol, nous propose une déambulation à travers la ville.

Chaussez donc vos chaussures de marche et venez découvrir, ces belles illustrations éphémères, placardées sur les façades ou pignons d’habitations et qui relatent l’histoire tourmentée des Penn Sardin

Etre femme à Douarnenez

La journée de la femme m’a donné l’occasion de ressortir quelques photos que j’avais immortalisées lors de l’une de mes nombreuses visites dans ce Port de Douarn comme on le nomme ici. Ce nom de port de pêche du Finistère, rendu si célèbre dans les années 1920, époque de la crise sardinière, où les femmes, en particulier, jouèrent un rôle primordial dans l’émancipation de leur condition ouvrière.

Affiche éditée en 1982 par la CGT Pays bigouden à l’occasion d’un débat sur les grèves des sardinières des années 1926-1927

Le tempérament rebelle perdure au sein de cette cité de caractère, dominé par l’esprit féminin, jamais à court d’arguments, pour défendre “leurs causes”.
Non seulement il perdure, mais il se transmet de générations en générations de Penn Sardin comme en témoigne cette initiative conduite par Sylvie Contant et la Compagnie des Praticables en 2015, consacrée à la mémoire féminine douarneniste à travers la réalisation d’une exposition de photos, affichées un temps sur le mur de la station service du port de pêche.

Cette exposition éphémère n’est plus, c’est dommage. Heureusement que l’éphémère se mémorise très bien de nos jours avec le pouvoir magique de la photographie. J’attendais un moment propice pour vous délivrer ma collecte originale, et partager le souvenir de l’esprit qu’elle transmet. Avec la journée de la femme qui vient de se dérouler cette semaine, le moment est venu de vous les présenter …

Alors revisitons ensemble un petit passé de Douarn, entre la rue Monte au Ciel et le Petit Barbizon, face à l’île Tristan, gageons qu’il plane encore pour longtemps à Douarnenez et ailleurs dans le monde, l’esprit frondeur et résistant féminin pour qu’il sème encore plus de rues  : “Au nom d’elles”.

Par trois panneaux, Sylvie Contant oriente les visiteurs sur sa démarche, dont voici un extrait : « Ce qui m’importait avant tout dans cette démarche, c’était de proposer des noms en lien avec la ville, des noms de femmes qui parlent aux gens, dont ils se rappellent ou qu’ils vont découvrir. Renommer par exemple le parking des Halles, face à l’usine Chancerelle, « Place des Usinières », le quai du Rosmeur, « Quai des Patronnes de Bars », puisque sur le port ce sont des femmes qui, pendant des années ont tenu ces commerces. Des noms de Résistantes aussi, Madeleine Gestin, Marguerite Seznec, Eugénie Kérivel qui s’est proposé de se faire fusiller par les Allemands avec son mari, à la place du jeune Guy Moquet. 3 noms parmi d’autres car elles furent nombreuses. » – Les portraits et reprises de photographies des panneaux sont à mettre au crédit de Sophie Morice-Couteau.

Rue éphémère « Aux noms d’elles »

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Et comme cette collection de femmes ne me semblait pas totalement complète, j’en ai rajouté quelques autres, anonymes au regard de beaucoup de visiteurs de ce blog, mais toutes authentiques, de Douarn et pas inconnues de tous, je peux vous l’assurer. C’est ici que j’ai passé mon enfance, sous haute protection féminine au lendemain des sombres années de guerre dans ce Dock de L’ouest, à deux pas du Bolomig, rue Jean Bart, autre personnage emblématique de cette belle cité de caractère.

 

A bientôt, pour un autre sujet. Douarnenez, j’y reviendrai, avec d’autres photos …