Une entreprise originale (1)

Cette petite histoire pourrait avoir la forme d’un conte pour enfants sages. Elle est, une fois de plus, le fruit du hasard, ces moments savoureux que vous offre la vie et que l’on appelle simplement “Rencontres”.
Tout devait commencer en cette fin d’année scolaire 2005. Ce jour là, je me rendais le temps d’un week-end au Lycée Professionnel Jean Moulin sur la commune de Plouhinec en Finistère, répondant à une proposition originale de l’établissement intitulée “Un bateau, Une famille, Un Week-end”. 

L’objectif était de réunir les familles des élèves afin de réaliser en deux journées, l’assemblage d’un canot ou d’un canoé amérindien. Chaque famille, assistée par un ou deux élèves du lycée, avait comme défi de faire naviguer, le dimanche soir venu, l’armada d’embarcations sur le Goyen, rivière située à quelques encablures du lycée. Les travaux préparatoires de découpe et d’usinage des éléments de constructions avaient été réalisés en ateliers, par les élèves, dans le cadre de leur formation initiale.


Cette initiative était à mettre au crédit de Mr Bernard Ficatier, professeur de charpente navale dans l’établissement. Personnage talentueux et généreux dont la motivation première était de transmettre à ses élèves savoir-faire et enthousiasme. La presse et les médias avaient alors souligné la belle initiative et la météo étant au rendez-vous, la fête ne pouvait qu’être réussie.

Le dimanche soir venu, la parade nautique étant terminée, chaque embarcation prenait le chemin de sa famille d’accueil. Restait alors à peaufiner le travail, ponçage, peinture et soins d’entretiens réguliers car c’est bien connu, qui veut voyager loin doit ménager sa monture ! L’été étant passé, beaucoup d’embarcations auront plus ou moins bien résisté aux joies et enthousiasmes des premières fougues amoureuses. Certaines embarcations finiront, je l’imagine, au fond du Goyen, d’autres dans une déchèterie, les plus nobles d’entre elles auront peut-être droit de cité dans un cimetière marin. Quant aux autres, passant de mains en mains au fil des années, elles se perdront dans les dédales de l’histoire et de l’oubli, il en va ainsi des objets qui restent inanimés.

En ce qui concerne mon “navire”, que j’avais baptisée L.A.R, initiales célèbres de mes petits pirates préférés, sa destinée devait prendre un autre chemin.
Pendant plusieurs années, l’équipage étant indisponible ou simplement fatigué de longs voyages, le navire impérial resta sagement immobilisé au fond de mon jardin. Telles les embarcations “sous cocon” que l’on peut voir dans les grands ports de commerce ou de plaisance, qui attendent sagement qu’un armateur où qu’une fée providentielle n’attirent leur regard …

Nous sommes aujourd’hui en fin d’année 2021. Depuis 2005 beaucoup d’eau a coulé sous le pont du Goyen et le Lycée Jean Moulin qui a fermé définitivement ses portes à la rentrée 2018 s’achemine lentement vers une nouvelle destinée. Les bâtiments se sont métamorphosés en un « Tiers-Lieu » original ouvrant ainsi leurs portes à de nouvelles rencontres.
Comme s’il devait attendre une possible renaissance, mon canoé, tel un Phénix renaissant de ses cendres y trouva une nouvelle jeunesse … Mais ne soyez pas impatients, la suite sera pour le prochain épisode

Tête d’affiche

S’il est des artistes peintres originaux, Alex Robin, sans conteste, en fait partie.
Son humour n’engendre pas la mélancolie et la pertinence de son regard révèle une grande imagination.
Peindre sur des affiches est, avec le golf, un sport dans lequel il excelle également car la récupération de vieilles affiches, comme il dit : “C’est sportif !”
Si vous passez par Audierne (Finistère) une exposition de son travail est actuellement en cours au dessus des halles, dans la salle de “Art Ria”. Elle mérite d’être visitée.

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“A boire et à manger “
Ainsi peut-on voir écrit sur le panneau d’accueil, à l’entrée des lieux.
Gestes barrières obligent, après avoir gravi les quelques marches métalliques de l’escalier en colimaçon, exercice sportif et musical qui vous fera penser à l’ascension d’un phare, votre regard s’illuminera à la vue des fresques impressionnantes qui tapissent les murs de la salle d’exposition.
Déjà, dans les années 60, l’homme qui n’était alors que lycéen s’amusait à récupérer dans le métro parisien des fragments d’affiches. Plus tard, fréquentant alors les cours d’art plastique,  Alex fera la rencontre d’un certain Jacques Villeglé (plasticien Quimpérois né en 1926) qui appartenait au courant artistique de la “Nouvelle figuration” mouvement qui contribua dans les années 80 à l’avènement du Pop Art.

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Pas étonnant donc que ces influences, avec son cortège de remises en question de la peinture et de ses codes, auront laissés des traces dans l’imaginaire fécond d’Alex Robin.

Une règle s’impose cependant à cet esprit rebelle, ne jamais récupérer des affiches dont les évènements sont en cours. Attendre que l’évènement soit depuis longtemps écoulé afin de récupérer la matière afin de la détourner. Car ces fragments d’affiches, collés, décollés, rassemblés comme des puzzles, serviront de support à une nouvelle narration, dont seul Alex a le secret. De cette matière récupérée, seront à nouveau régénérés des messages estompés de nos mémoires, des évènements passés.
Des personnalités oubliées reprendront alors les chemins d’une certaine renaissance, comme sur cette fresque réalisée par Alex Robin pour la nouvelle médiathèque de Plouhinec qui porte désormais le nom du célèbre sculpteur René Quillivic (1879-1969), enfant du pays.

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Un bon moment d’échanges avec un artiste disponible et animé d’un grand sens du partage.
A travers ces fragments d’affiches, collées les unes par dessus les autres, à l’image des strates géologiques, c’est à la mémoire de la région et des évènements du passé qu’ Alex Robin redonne une certaine vie. Un artiste du futur doublé d’un passeur de mémoire.
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Un autre regard

Mettre des mots sur le travail artistique d’une amie peintre, quand bien même celle-ci vous laisse carte blanche, est un exercice que je n’avais jamais expérimenté, pas plus que de raconter une histoire à partir d’œuvres picturales. Pourtant l’expérience était tentante et je finissais par y succomber, au risque de sombrer dans les abysses maritimes que ses peintures m’inspirent.
Expo Edith RobinPassant progressivement de l’émotion provoquée par ses peintures, à la réalité narrative, je me suis pris au jeu en lui proposant d’imaginer une histoire en observant ses toiles et en la regardant travailler.

Afin de trouver matière à rédaction et à réalisation d’une courte vidéo nous dévoilant sa technique de travail, nous avions convenu de nous rencontrer à plusieurs reprises, tantôt dans son atelier, tantôt en bord de mer, pour évoquer ensemble ce milieu maritime et les paysages Bigouden qui alimentent son imaginaire depuis sa jeune enfance.

La COVID s’invitant à la fête, nous avons dû faire preuve d’une grande imagination, pour collaborer. Respectueux cependant des règles imposées par les 10km, autant que de la parité et des « Droits de la Femme », c’est donc tout naturellement au pied du menhir des « Droits de l’Homme », en Baie d’Audierne, que l’aventure à laquelle je vous convie dans cette nouvelle page de blog, devait commencer …

Droits de L'homme

C’est à deux pas de ce monument emblématique de la baie d’Audierne, que Edith Robin trouve l’inspiration à son travail.

Intitulée « Baie d’Audierne Espace(s) gris » nous retrouverons l’artiste à la chapelle St Alour sur la commune de Tréguennec  lieu où elle expose son travail les mois de juillet et août 2021. Ouvert tous les jours de 16h à 19h. Une visite s’impose.