Un bel oiseau, au doux nom de Phoenix

Renaître de ses cendres, comme l’oiseau de l’Egypte ancienne, quelle belle métaphore pour une si belle idée.
Il est parfois des chemins que l’on emprunte et qui vous font rencontrer d’agréables initiatives. Probablement qu’en ce jour maussade de janvier mon regard n’aurait pas eu la même acuité si je ne m’étais pas arrêté un instant, en traversant cette petite place du vieux quartier de Recouvrance, de Brest, et pris le temps de lire sur un panneau discret, l’histoire de cette cabane insolite.
Faite de bric et de broc, j’avais imaginé dans un premier temps que cette construction rustique avait pu être réalisée par des enfants, à moins qu’elle ne le fut par des habitants du quartier eux-mêmes, désireux de se retrouver après une partie de boules ou une petite fête entre voisins.
Car le lieu s’y prête bien, comme dans ces petites places de villages où, entouré de quelques bancs, à l’ombre des platanes, un bistrot éphémère invite à la convivialité, inspirée par la nonchalance des longues soirées d’été.

En guise d’enseigne, une planche peinte en bleu, me propose cependant un autre regard, une autre lecture : “La boîte à dons Phoenix”.
D’un naturel curieux, je prends alors le temps de lire le panneau explicatif qui me laisse alors pensif autant qu’admiratif. Nous connaissons ces “boîtes à lire”, lieux de dépôts de livres ou chacun peut se servir et alimenter de la même façon son plaisir du partage, mais ici, il s’agit de toute autre chose. Chacun peut y déposer vêtements, ustensiles de cuisine ou tout objet dont il n’a plus usage, pour simplement les donner à ceux qui peuvent en avoir simplement besoin. A l’heure où tout se marchande et où le profit reste la clé maîtresse d’un système économique, cette initiative solidaire à de quoi être saluée.

En discutant avec une personne âgée venue voir s’il y avait de quoi la satisfaire, je me suis vite rendu à l’évidence que le lieu fonctionne plutôt bien.
Quand au nom donné à cette cabane à dons, son histoire est aussi révélatrice des différentes lectures que le passant pourra se faire du concept. Si à l’évidence, cette cabane, qui avait été stupidement brulée, a pu renaitre de ses cendres, c’est grâce à la détermination altruiste de ses initiateurs, soucieux de réaffirmer qu’un principe de fraternité et de liberté d’entreprendre ne peut s’effacer devant la bêtise humaine.Pour ma part le symbole du Phoenix résonne aujourd’hui chez moi d’un écho plus intime. S’il est des départs injustes qui vous laissent dans la douleur de vous séparer d’objets devenus pour vous inutiles, par le geste de les donner plutôt que de les détruire, ils peuvent encore servir et renaître de leurs cendres, pour la beauté apaisante du geste autant que pour le plaisir secret de leur offrir simplement, une nouvelle vie.

A bientôt pour de nouvelles découvertes …

Eugène, dernier sabotier

La vie serait-elle, comme l’eau d’une rivière qui coule et que rien ne peut arrêter si ce n’est l’ultime plongeon dans l’océan, de l’éternité ?

Aujourd’hui une fois encore, hélas, je perds un compagnon de route, laissant ma frêle embarcation voguer au gré d’une navigation chancelante et de plus en plus solitaire.
Il est des personnalités qui marquent vos destinées, vous inspirent et vous motivent dans vos choix de vie, dans vos projets. Ces rencontres qui vous apaisent autant que ces absences qui vous pèsent.
J’avais fait la connaissance d’Eugène il y a bien longtemps, au siècle dernier, quelque part en Auvergne, sur une route jadis empruntée par les Compagnons du Tour de France, à l’esprit d’un terroir désert et pourtant si proche de celui des landes de ma Bretagne profonde. L’homme me parlait avec passion de son métier de sabotier, il était de ces artisans qui vivait au rythme de la nature. Avait appris le métier de son père, lui-même sabotier. Le bois, ce matériau qui même mort, me disait-il,  reste encore étrangement vivant.
Je l’avais ensuite rencontré à de nombreuses reprises, il m’accompagnait dans mes songes de projets « boiseux », guidait ma main hésitante lorsque ma gouge effleurait l’aubier. Jamais avare d’explications, toujours prêt à montrer, à partager. La transmission des savoirs-faire reste encore de nos jours pour le vrai manuel, la plus belle image de ce que l’ouvrier appelle “la connaissance”.
A mon tour, jamais rassasié d’images, l’objectif de mon appareil photo aimait à le regarder travailler. Scrutant en silence, le moindre de ses gestes pour capturer les secrets de sa dextérité. Ecoutant le tranchant de l’outil, respirant le copeau d’une essence enivrante. Silence. Oui, la photographie et l’image restent, je le pense, les meilleurs alliées de l’homme pour immortaliser la beauté du geste, l’intelligence de la main, face à l’éternité.
Que ces images voguent encore longtemps dans l’océan immatériel d’internet pour semer et transmettre simplement ce jardin du souvenir, celui de mes jours heureux.

Haïku de blues

Rose tant aimée
Renaîtras-tu de tes cendres
L’hiver terminé ?

Rouge et blanc s’uniront
Dans ton jardin secret
Au printemps de la vie

Tes pleurs sans larme
Envahissent les songes
De mes nuits sans lune

Voyageuse sans papier
Vers quel pays, tes rêves
Se sont-ils envolés ?
Vent froid de novembre
Sur une tête sans cheveu
Caresse mes yeux rougis

Cent mille pensées
Oh ! pétale parfumée
Et ton absence …

Larmes trop salées
Pour un si beau visage
Novembre au goût amer

The Blue note felt down
From my piano for ever
When you left, my love

Que dire du néant
Rien, néanmoins rien de rien
Juste un nom le tien

Seul place Bellecour
Dans la fraîcheur de Décembre
Une bécassine m’attend

Au bord du St Laurent
Je vous ai croisé Rive Gauche
Toi et ton parfum