Une entreprise originale (2)

Pour un retour aux sources, je ne pouvais rêver mieux. Après tant d’années d’inactivité le canoë devenait encombrant. Aussi, avais-je pris la décision de m’en séparer. Malgré mes nombreuses tentatives à lui trouver une famille d’accueil, j’allais me résigner à le détruire lorsque le hasard, une fois encore, vint à ma rencontre.

Esprit es-tu là ?
Probablement que l’esprit de résistance, incarné par le célèbre personnage Jean Moulin souffla en désespoir de cause.
Depuis 2018, le lycée, ayant fermé ses portes, poursuivait sa lente mutation. A présent, transformé en “Tiers Lieu”, il héberge plusieurs micro-entreprises ayant pour la plus part un lien avec l’artisanat. On y trouve un styliste, une céramiste et quelques autres initiatives menées par des jeunes auto-entrepreneurs. C’est ainsi qu’un beau jour d’automne, ma curiosité aidant, je devais rencontrer une petite équipe de jeunes charpentiers de marine.
Mon attachement à ce lycée, à sa mémoire et aux métiers du bois en général, devaient, une fois encore, avoir raison de ma curiosité. Enthousiasmés à l’idée que je leur lègue mon précieux canoë autant que son histoire, les jeunes m’ouvrirent les portes de leur atelier et me firent part de leurs projets …

En échappant à sa triste destinée le canoë revient donc à sa source. Après un toilettage minutieux entre des mains désormais expertes il est promis à une nouvelle renaissance.

Après une belle restauration le canoë attend sagement les beaux jours pour naviguer à nouveau.


La morale de cette petite histoire est que parfois, c’est en empruntant les ribines que l’on arrive à trouver les plus belles des réponses à ses questions. Vous avez dit “Ribines” ?

Justement, on y arrive …. mais avant que je vous présente la petite équipe, encore un peu de patience, ce sera pour le prochain billet !

Une entreprise originale (1)

Cette petite histoire pourrait avoir la forme d’un conte pour enfants sages. Elle est, une fois de plus, le fruit du hasard, ces moments savoureux que vous offre la vie et que l’on appelle simplement “Rencontres”.
Tout devait commencer en cette fin d’année scolaire 2005. Ce jour là, je me rendais le temps d’un week-end au Lycée Professionnel Jean Moulin sur la commune de Plouhinec en Finistère, répondant à une proposition originale de l’établissement intitulée “Un bateau, Une famille, Un Week-end”. 

L’objectif était de réunir les familles des élèves afin de réaliser en deux journées, l’assemblage d’un canot ou d’un canoé amérindien. Chaque famille, assistée par un ou deux élèves du lycée, avait comme défi de faire naviguer, le dimanche soir venu, l’armada d’embarcations sur le Goyen, rivière située à quelques encablures du lycée. Les travaux préparatoires de découpe et d’usinage des éléments de constructions avaient été réalisés en ateliers, par les élèves, dans le cadre de leur formation initiale.


Cette initiative était à mettre au crédit de Mr Bernard Ficatier, professeur de charpente navale dans l’établissement. Personnage talentueux et généreux dont la motivation première était de transmettre à ses élèves savoir-faire et enthousiasme. La presse et les médias avaient alors souligné la belle initiative et la météo étant au rendez-vous, la fête ne pouvait qu’être réussie.

Le dimanche soir venu, la parade nautique étant terminée, chaque embarcation prenait le chemin de sa famille d’accueil. Restait alors à peaufiner le travail, ponçage, peinture et soins d’entretiens réguliers car c’est bien connu, qui veut voyager loin doit ménager sa monture ! L’été étant passé, beaucoup d’embarcations auront plus ou moins bien résisté aux joies et enthousiasmes des premières fougues amoureuses. Certaines embarcations finiront, je l’imagine, au fond du Goyen, d’autres dans une déchèterie, les plus nobles d’entre elles auront peut-être droit de cité dans un cimetière marin. Quant aux autres, passant de mains en mains au fil des années, elles se perdront dans les dédales de l’histoire et de l’oubli, il en va ainsi des objets qui restent inanimés.

En ce qui concerne mon “navire”, que j’avais baptisée L.A.R, initiales célèbres de mes petits pirates préférés, sa destinée devait prendre un autre chemin.
Pendant plusieurs années, l’équipage étant indisponible ou simplement fatigué de longs voyages, le navire impérial resta sagement immobilisé au fond de mon jardin. Telles les embarcations “sous cocon” que l’on peut voir dans les grands ports de commerce ou de plaisance, qui attendent sagement qu’un armateur où qu’une fée providentielle n’attirent leur regard …

Nous sommes aujourd’hui en fin d’année 2021. Depuis 2005 beaucoup d’eau a coulé sous le pont du Goyen et le Lycée Jean Moulin qui a fermé définitivement ses portes à la rentrée 2018 s’achemine lentement vers une nouvelle destinée. Les bâtiments se sont métamorphosés en un « Tiers-Lieu » original ouvrant ainsi leurs portes à de nouvelles rencontres.
Comme s’il devait attendre une possible renaissance, mon canoé, tel un Phénix renaissant de ses cendres y trouva une nouvelle jeunesse … Mais ne soyez pas impatients, la suite sera pour le prochain épisode

Tête d’affiche

S’il est des artistes peintres originaux, Alex Robin, sans conteste, en fait partie.
Son humour n’engendre pas la mélancolie et la pertinence de son regard révèle une grande imagination.
Peindre sur des affiches est, avec le golf, un sport dans lequel il excelle également car la récupération de vieilles affiches, comme il dit : “C’est sportif !”
Si vous passez par Audierne (Finistère) une exposition de son travail est actuellement en cours au dessus des halles, dans la salle de “Art Ria”. Elle mérite d’être visitée.

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“A boire et à manger “
Ainsi peut-on voir écrit sur le panneau d’accueil, à l’entrée des lieux.
Gestes barrières obligent, après avoir gravi les quelques marches métalliques de l’escalier en colimaçon, exercice sportif et musical qui vous fera penser à l’ascension d’un phare, votre regard s’illuminera à la vue des fresques impressionnantes qui tapissent les murs de la salle d’exposition.
Déjà, dans les années 60, l’homme qui n’était alors que lycéen s’amusait à récupérer dans le métro parisien des fragments d’affiches. Plus tard, fréquentant alors les cours d’art plastique,  Alex fera la rencontre d’un certain Jacques Villeglé (plasticien Quimpérois né en 1926) qui appartenait au courant artistique de la “Nouvelle figuration” mouvement qui contribua dans les années 80 à l’avènement du Pop Art.

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Pas étonnant donc que ces influences, avec son cortège de remises en question de la peinture et de ses codes, auront laissés des traces dans l’imaginaire fécond d’Alex Robin.

Une règle s’impose cependant à cet esprit rebelle, ne jamais récupérer des affiches dont les évènements sont en cours. Attendre que l’évènement soit depuis longtemps écoulé afin de récupérer la matière afin de la détourner. Car ces fragments d’affiches, collés, décollés, rassemblés comme des puzzles, serviront de support à une nouvelle narration, dont seul Alex a le secret. De cette matière récupérée, seront à nouveau régénérés des messages estompés de nos mémoires, des évènements passés.
Des personnalités oubliées reprendront alors les chemins d’une certaine renaissance, comme sur cette fresque réalisée par Alex Robin pour la nouvelle médiathèque de Plouhinec qui porte désormais le nom du célèbre sculpteur René Quillivic (1879-1969), enfant du pays.

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Un bon moment d’échanges avec un artiste disponible et animé d’un grand sens du partage.
A travers ces fragments d’affiches, collées les unes par dessus les autres, à l’image des strates géologiques, c’est à la mémoire de la région et des évènements du passé qu’ Alex Robin redonne une certaine vie. Un artiste du futur doublé d’un passeur de mémoire.
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