Inde (5)- L’artisanat

Quelle différence de vie, de coutumes, de rapport à l’autre.
Un voyage touristique, qui ne serait centré que sur la satisfaction égoïste de n’approcher que des palais, des musées, de ne fréquenter que des lieux aux ambiances feutrées, à la réalité édulcorée, éloignée des préoccupations quotidiennes des habitants des pays visités, serait, à mon avis, un voyage incomplet. Le voyage n’a de sens que dans la rencontre, dans l’échange bien plus que dans l’accumulation des cases à cocher des “on a fait” sur une liste de destinations choisies.
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Voir comment les gens vivent ailleurs de chez soi, regarder comment ils travaillent, c’est déjà essayer de comprendre nos différences. L’œil du photographe, attiré par l’insolite, le pittoresque est entraîné à l’exercice. S’il est un domaine qui procure au photographe une source quasi infinie de satisfactions c’est bien celui de l’artisanat. Sa diversité, sa richesse et son éclectisme sont tels que j’aurais pu rester des heures à photographier ces hommes et femmes aux “petits métiers”, sans jamais être totalement rassasié.

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Ces “petits métiers” dis-je ?
Comme l’expression me parait méprisante, car partout dans le monde, lorsque l’homme est obligé, par manque de moyens, de s’adapter, il est capable d’une grande imagination créatrice. C’est le cas ici, avec des artisans doués d’un sens de la débrouille, celui qui procure à la main une intelligence hors du commun.

 

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La diversité des métiers, souvent structurés sinon imposés par un système de castes, me fait penser à l’organisation des familles de compagnons qui avaient cours dans nos provinces depuis le moyen âge  jusqu’encore au début du XXècle. Castes des coiffeurs, des réparateurs de pneus, des forgerons, des tailleurs, des menuisiers, des tapissiers etc … chacun exerçant son talent avec art et singularité.
Beaucoup de femmes également exercent des métiers manuels parfois très pénibles comme le portage de charges lourdes.

 

Tantôt une petite cabane en bordure du route, parfois une simple chaise et un miroir.
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Bien évidemment, il ne faut pas refuser les progrès technologiques, dès lors qu’ils apportent à l’homme plus de confort, de sécurité et moins de pénibilité. Mais la particularité de ce modèle économique, reposant sur le principe de la division du travail en tâches élémentaires et pour lesquelles tous les artisans sont en interdépendances, rappelle aussi la fragilité de notre modèle occidental,  basé sur la seule consommation et le gaspillage.

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L’absence de récupération, de recyclage, l’abandon des pratiques de transmissions des gestes, autant que des savoir-faire, rendent nos sociétés occidentales fragiles au regard de leur indépendance. Ici, ces reflexes de recyclage, de récupérations, dictés souvent par une grande pauvreté, sont paradoxalement des forces que la population sait intelligemment exploiter.
Qui, dans nos sociétés modernes, du “prêt à jeter”, est en mesure aujourd’hui de réparer lui-même, sa voiture, sa machine à laver, son poste de télévision ? de changer un joint sur un robinet ? de trouver un plombier sans aller le chercher chez nos anciens voisins des pays de l’est ? d’enfoncer un clou sans se taper sur les doigts ? (humour)
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Ici, pas de problème, j’ai l’impression que l’on sait tout faire, tout réparer. Pas besoin de réinventer le “Do It Yourself” pratiqué outre atlantique depuis plusieurs décennies et dont nous commençons à redécouvrir les vertus dans la vieille Europe, crise oblige.
Les riches des pays consomment et gaspillent, les pauvres se débrouillent comme ils peuvent.

D’un côté un excès de propreté au regard de l’environnement, de l’autre  le laisser-aller.
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Marchands ambulants, cuisiniers , rickshaw pour taxi, toute une économie … marchands-ambulants-118_thumb.jpg

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Fort-Junagarth-Echaffaudages(15)C’est probablement dans le domaine du bâtiment et des travaux public que l’on trouve un fossé en matière de sécurité du travail. Nous avons été surpris par les systèmes d’échafaudages employés, parfois sur des hauteurs vertigineuses et des équilibres précaires. Il vaut mieux avoir une grande confiance en ceux qui, comme ici, font les assemblages des structures de bambous  et les nœuds.

Frontière entre l’artisanat et l’art
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Avec les produits détergents, la sécurité n’est probablement pas au rendez-vous.
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Outillage souvent peu élaboré.Tapis-J5 (59)

Technique de réalisation de motifs imprimés pour saris, foulards et tissus.
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La menuiserie
Souvent pratiquée à même le sol dans un simple garage ou un cabanon.
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Travail de la pierre …Pierres-a (7)

D’abord, la pierre précieuse pour les montages ornementaux de bijoux.
Le minéral à l’état brut est tout d’abord sélectionné, puis coupé en fragments.

Phase d’observation, choix, puis assemblage de la pierre sur une tige support.
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l’assemblage se fait par collage à chaud.
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Pierres (6)Puis viennent les opérations de taille et de polissage.
Pierres (10)Les meules lorsqu’elles ne sont pas électriques, sont le plus souvent des instruments rudimentaires fonctionnant avec un système d’archet que l’on actionne par un mouvement de va et vient, de la main gauche, tout en polissant de l’autre.
On retrouve également ce principe de “motorisation” chez les tourneurs sur bois.

La marqueterie de pierre (Pietra Dura)
Technique d’incrustation mise au point à Florence (Italie) à la fin du 16ème siècle.
Nous en retrouverons les motifs dans les constructions des temples, palais de maharadjas et dans la célèbre construction du Taj Mahal.

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 La technique de polissage est identique à celle employée pour les pierres précieuses.
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Rendez-vous dans quelques jours pour la suite du voyage …

Inde (4)- Mandawa-Bikaner

Nous quittons nos suites princières (humour) de très bonne heure, vers 7h40, pour une étape en bus de 200 km environ. Il fait beau temps et la journée s’annonce agréable. Il devait en être ainsi tout au long du voyage, températures agréables et pas une seule goutte de pluie. Est-ce cela l’été indien ?

La traversée du désert du Thar, de ses villages, nous apportera de nouvelles surprises.
Ci et là, des tronçons de routes inachevées, des constructions de ponts abandonnées. Les initiateurs de ces projets s’étaient probablement rendus à l’évidence qu’ils ne serviraient à rien. Tantôt une route goudronnée, tantôt une piste de terre, le plan d’occupation du sol nous laisse parfois rêveurs.

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Il nous faudra vite nous rendre à l’évidence que l’eau et l’hygiène publique en général, sont ici des problèmes majeurs, comme d’ailleurs semble-t-il, dans une grande partie du pays.

Rte-Eau-J4 (5)Jugé prioritaire par le gouvernement en place, 50% de la population ne possédant pas de toilettes, un programme d’aménagement du territoire prévoit de régler le problème au cours des prochaines années. Avec une population de 1,2 milliards d’habitants, cela fait un programme ambitieux pour équiper toutes les maisons du tout à l’égout. Rte-Madawa-Bikaner-J2-vaches (2)
Le Gange et autres rivières sacrées n’ont pas finis de souffrir. Et dire qu’au moment même où nous foulons le sol Indien, se prépare à Paris, la Cop 21. Quand je pense aux normes sanitaires que les technocrates de nos pays occidentaux imposent à leurs co-citoyens, je comprends mieux les déséquilibres économiques du monde.

Rte Mandawa-Toit-Bus (8)Traversant villages et faubourgs nos regards serons souvent confrontées à des images surréalistes.
Doublant des bus surchargés qui semblent crouler sous l’assaut des passagers ou des cars scolaires transportant des enfants souriants, leurs cartables bien rangés sur le toit du véhicule.

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Le Dadaïsme a de beaux jours devant lui. Ce n’est pas notre guide qui me contredira. “Bum bum bolé , Vive Dada !” Seuls les participants à ce séjour devraient reconnaître le sens de l’incantation. Pour les autres lecteurs, s’ils possèdent les clés de la compréhension de cette expression, je suis preneur, car je n’ai toujours pas bien compris ce que signifiait ce rituel que nous répétions comme litanie à chaque sollicitation de Dada.
Ici nous vivons dans un monde tellement spirituel que la pensée occidentale semble n’avoir aucune prise.  D’un côté des routes défoncées, de l’autre des palais luxueux, l’ombre et la lumière à la fois, le grand écart entre les nantis et les laissés-pour- compte.

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La misère des villes contraste avec l’apparente vie paisible des campagnes.
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Et malgré tout, le passage de notre car est toujours salué.

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Sur la route, visite du Fort Junagarth

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Cette imposante bâtisse du XVI ème siècle fut construite sous le règne du maharadja Raï Singh. L’imposante muraille de plus de 1 km renferme un vrai trésor architectural.

Les contrastes, avec les images précédentes, sont saisissants. Fort-Junagarth-J2 (13)

Pour terminer la journée, une balade en ville et une nouvelle immersion avec la réalité.

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La cohabitation est nécessaire, les vaches sont sacrées, ne pas déranger. Et ce n’est pas le bruit des klaxons qui perturbera leurs nonchalances.

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A nouveau hors du temps, avec une nouvelle installation à l’hôtel.

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J’avais parfois l’impression, au cours de ce splendide voyage, d’un grand décalage entre mon statut de touriste privilégié et celui dans lequel vit la majeure partie du peuple indien. Le rêve a parfois un arrière goût étrange.

Inde (3)- En route vers Mandawa

Mandawa (26)Présentations faites, nous allons à présent nous aventurer dans le vif du sujet.
Après les longues heures de cette première journée, passées dans le car à traverser la province aride de Shekhawati nous arrivons à Mandawa, ancienne cité caravanière.
Notre guide nous dresse un rapide historique de cette place commerciale située  sur la route de la soie. Evoquant tour à tour les colonnes de caravanes, les  dromadaires, les palais somptueux, les traditions ancestrales.
Les murs défraichis des habitations laissent cependant entrevoir, par le biais de nombreuses peintures murales, un riche passé architectural.

Beaucoup de ces havelis ont été superbement restaurées et lorsque l’on pousse la porte de certaines de ces demeures on ne peut qu’imaginer les ambiances faites de négoces, de palabres et de plaisirs.

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Haveli-Groupe-Mandawa (13)  Haveli-Chambre-Madawa (12)

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Avant de nous rendre à l’hôtel, nous ferons une visite de la ville. Ce sera notre première vraie immersion dans la vie quotidienne indienne. Lorsque nous nous éloignons des rues principales, nous sommes déjà loin des turbulences des grandes villes.

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Un ancien temple reconverti en hôtel restaurant

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Les nombreuses peintures murales entrainent nos imaginaires d’occidentaux dans les palais des mille et une nuits ..

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Nouvelle surprise, l’hôtel Castle Madawa

Cette balade paisible, à travers quelques ruelles étroites et désertes, étant terminée, nous rejoignons notre hôtel situé sur les hauteurs de la ville.

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L’ensemble hôtelier semble vaste et imposant. Hotel-Rituel-Castle-Madawa (112)Après le rituel de bienvenue et le namasté traditionnel, nous prendrons possession de nos chambres, avec parfois le sentiment étrange d’être transportés dans un environnement  très éloigné de celui de notre quotidien.
Ce sentiment, nous le partagerons souvent au cours de notre périple, surtout lorsque, un peu plus tard dans l’avancée de notre séjour, nous serons confrontés à des images moins réjouissantes.

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Chambres spacieuses …
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Cour intérieure
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Piscine

Chambre-Hotel-Castle-Madawa (118)  et volumes généreux de la salle de bain.
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Vue-Hotel-Castle-Mandawa-J2 (5)Vue plongeante sur la ville, des remparts de l’hôtel

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Gardes de l’hôtel, flegme et disponibilité. Je me questionnerai souvent en prenant des photos rapprochées des personnes rencontrées. Les regards sont si mystérieux, rarement fuyants, mais toujours pénétrants. Que pensent-ils de moi, l’étranger de leur quotidien ?

A bientôt pour la suite du voyage …

Précédents billets :
Inde (1)- Couleurs du Rajasthan
Inde(2)- Dada Group, on the road