En route pour la Nationale 7

Si l’Amérique a sa Route 66, nous avons notre Nationale 7.
borneQuelle idée me direz-vous à l’heure des autoroutes, celle des communications rapides, que de vouloir se trainer sur les routes de France à la recherche du temps perdu, celui qui ne se rattrape jamais.
Justement, c’est cela qui est excitant. Prendre son temps, lorsque tout s’agite autour de soi. Le plaisir de flâner, de s’arrêter quand on veut, où l’on veut, hors des sentiers battus, attentif aux rencontres inattendues, aux découvertes où redécouvertes d’images que les affres du temps estompent à grand pas, dans l’indifférence d’un monde qui lui ne s’arrête jamais.
Voici l’objet des quelques billets de blog que je vais vous proposer au fil des prochaines semaines, au retour d’un voyage photographique entre Paris et Menton.
n7-bisDeux options se présentent entre Fontainebleau et Lyon, N6 ou N7. Nous resterons pour notre part sur la N7. Deux autres options entre Roanne et Valence où pour contourner Lyon, la N7 devient un temps la N82, aussi appelée « la Route Bleue ».
Loin de moi l’intention de me livrer à quelque exercice de philosophie de comptoir, simplement le désir de fixer sur la pellicule de mon appareil photo quelques images révélatrices d’une époque désormais révolue et de les partager.
Probablement inspiré par les photographies de Raymond Depardon et la lecture d’ouvrages sur le sujet, j’avais déjà, par le passé, emprunté des chemins de traverses avec mon fidèle Motorhome, toujours en Transit, voguant des routes secondaires de la France paisible jusqu’aux bords de la Baltique ou de l’Adriatique, traquant ainsi mes images préférées des Réclames d’antan, des architectures oubliées, stations services et auberges abandonnées et faisant au passage de bien surprenantes rencontres.

Alors, prêts pour le départ ?

Naples (5)–Centre historique

Après plusieurs jours de balades intensives, une immersion dans le vieux Naples s’impose comme une évidence.
Difficile de résumer un séjour à Naples en quelques lignes, quelques images. Ce serait injustement réducteur et tout simplement impossible.
A chacun ses thèmes de prédilection, musées, histoire , arts, gastronomie, religion. Il y en a pour tous les goûts et ce n’est pas le riche passé de la cité gréco-romaine, qui a subi tant d’influences à travers son histoire, qui laissera le visiteur sur sa faim.
Naples, comme toutes les villes chargées d’histoire, demande à être vue de l’intérieur. Alors, guidés par notre instinct et l’envie de flâner, nous partons à sa rencontre en empruntant la via Tribunali qui nous conduira au Musée National d’Architecture, passage obligé de tous visiteurs.

Naples-Musee Archeologique (14)  Masque Pulcinella (2)Pièce maîtresse du Musée National d’Archéologie, le « Taureau Farnèse »
côtoie tant d’autres sculptures, aux dimensions impressionnantes …

Le vieux Naples pour se laisser surprendre …

Naples-Hotel (2)C’est aussi du linge aux fenêtres, pratiquement sur toutes les
façades des habitations …
Naples-Hotel (3)Des rappels à la dévotion à tous les coins de rue …
de la plus petite crypte ou chapelle, à l’imposant édifice.

Eglise Gesù Nuovo. Ancien palais jusqu’en 1900 ce bâtiment est désormais une église au style baroque.

Mais c’est aussi le bruit, les voitures et scooters qui circulent avec des règles de conduites anarchiques qui n’appartiennent qu’à Naples …
Et les légendaires compositions artistiques d’un « Street Art » au style peu esthétique dont s’inspirent parfois chez nous, aussi hélas, certaines corporations pour exprimer leurs colères …

Mais heureusement le regard se tourne très vite vers des lignes
de fuites plus poétiques.
Naples-Vieille ville (4)

  Naples-Vieille ville (16)   Naples-Vieille ville (26)
Enfilades infinies, puits de lumières où ombres et lumières se croisent
pour le plaisir des photographes.

Car ici, tôt ou tard, tout est Art …

Et les marchands du temple sont nombreux …

Naples-Vieille ville (22)

Culte de la dévotion oblige, et ses bibelots en terre cuite …

Naples-Vieux quartier (6)

Confections de crêches de Noël et santons, rue San Gregorio Armeno

Un rendez vous poétique avec un facteur de masques. 
Naples est aussi la ville qui s’identifie au théâtre, au rang duquel la célèbre Commedia dell’arte et son personnage emblématique de Pulcinella (petit poussin) plus connu sous nos latitudes comme le personnage de Polichinelle.
Masque Pulcinella (1)Bien sûr le quartier ne manque pas de boutiques vendant des masques de toutes sortes en terre cuite, en carton ou en plastique venus d’Asie, rien d’authentique donc, pour cet art créatif dont la fabrique en cuir, aujourd’hui, est devenue denrée rare.
J’avais, par le passé en 2009, rencontré l’un des derniers facteurs de masques dédiés à cet art des planches, mais j’avais décliné l’offre d’achat du masque qu’il se proposait de me confectionner, dissuadé par le coût élevé qu’il m’en demandait. Je ne discutais pas évidemment la justification de son travail car comme toute œuvre manuelle et artistique celle-ci a ce supplément d’âme inestimable.
Je n’étais pas très loin de son atelier et je n’aurais pas beaucoup de peine à le retrouver.

Seul, sur le pas de la porte de son atelier, il semblait n’attendre que ma visite.
Je le reconnu sans peine.
Je ne sais pas si la réciproque fut vraie, car la dernière fois j’avais du lui laisser un arrière goût amer en déclinant son offre de masque, me contentant de ne prendre de son travail que quelques photos souvenirs.

Comme tout atelier d’artiste celui-ci semble un peu désordonné.  Des chutes de pièces de cuir semblent se languir sur quelques étagères poussiéreuses. Des gouges sur un coin d’établi attendent l’inspiration du maître. Ci et là des croquis, dessins, esquisses inachevées, des affiches de théâtre aussi décorent les murs, attestant leurs gloires passées.

 

Plus loin, dans le fond de l’atelier, une presse que je devine ancienne avec ses deux boules en cuirs, tels des poings de boxeurs qui semblent me menacer. Sur l’établi un masque de Polichinelle et son moule de forme, probablement en céramique. Les yeux fermés Polichinelle fait la sieste, attendant d’être réveillé.
Aujourd’hui c’est promis, je sortirais de l’antre avec le trophée et même si je dois me ruiner.

« C’est un peu de mon cœur qui part avec vous », me dira l’artiste.

Quant au prix me direz vous ?  Polichinelle cette fois, gardera son secret .

A bientôt pour un autre sujet. 

Naples (4) – Ile de Procida

Avec la chaleur de la cité Napolitaine, il est tentant de rechercher un petit coin de fraicheur. Rien de tel après les visites poussiéreuses des sites archéologiques qu’une balade en bateau et une baignade pour remettre un breton en forme.
Difficile cependant de faire un choix pour une excursion d’un jour. Capri et Ischia sont trop grandes et trop recherchées par les touristes. C’est pas notre truc et puis Capri c’est fini !
En Finistère, nous sommes davantage habitués aux îles à dimension humaine comme Molène, Sein, Batz, authentiques havres de tranquillité. Alors nous jetterons notre dévolu sur Procida, plus conforme semble-t-il à notre côté misanthrope . Et puis nous avons avec nous un petit marin de 10 ans qui n’aspire qu’à deux choses, piquer une tête dans l’eau puis se rafraichir d’une glace. Des plaisirs simples donc, bien éloignés des turbulences bling-bling de “la haute société” et des pistes de danses de la jet set.

Carte baie de Naples

Nous prendrons donc le bus n°151, place Garibaldi à destination du port où nous arriverons une demie-heure plus tard dans le but de trouver un embarquement.
Seulement voilà, arrivés au port, nous sommes confrontés à des queues interminables devant les caisses des différentes compagnies qui se partagent le commerce des transports touristiques. C’est quelque chose de déroutant pour celui qui ne s’est pas préparé, d’affronter une telle marée humaine. Bateau rapide, pas rapide, tarifications et horaires opaques, le choix ne semble pas facile et les vendeurs peu disponibles à me renseigner.

Heureusement que parfois la providence est  au coin de la rue ou dans une file d’attente. J’entends à mes côtés deux dames parlant français renseignant des touristes un peu paumés comme moi. Je profite de leur bonne connaissance du terrain pour, à mon tour, solliciter leurs conseils avisés. Justement elles aussi sont en partance pour la journée, à destination de Procida. Elles se proposent de nous accompagner pour prendre les billets. Le bateau partant dans moins d’une demie heure, il faut vite se décider.
Grâce à l’intervention de nos deux fées, sur lesquelles le charme de notre Alex avait du opéré, nous obtiendrons même une réduction ….. car pour qui parle bien italien  “bambino” semble ici le sésame nécessaire pour négocier le bon tarif. Celui-ci toutefois reste élevé (36 € A/R).
Ainsi va la vie du routard, changeant de plan au dernier moment et se laissant surprendre à la croisée des chemins. Alex est ravi, il pourra se rendre à la plage et c’est sous le regard protecteur de nos deux accompagnatrices que nous embarquons pour de nouvelles aventures.
Bateau Procida
Le bateau sur lequel nous partons est de type catamaran, plutôt rapide (environ 40 mn)
Procida (10)
Nous quittons le port de Naples sous grande protection.
Procida (5)
Sur fond de brume de chaleur, car il fait encore plus de 30°, le Vésuve se dessine dans le sillage du ferry de la compagnie Caremar.Ville-Naples-Vue de mer-1Le port de Naples et la vieille ville s’offrent comme un décor de théâtre lumineux.

Procida (7)Le trafic maritime est très dense et nous croiserons beaucoup de ferries. Une maison phare domine le cap Miseno.Traversee Procida

La contemplation fait partie du voyage, puis nous arrivons à Procida.
Les maisons colorées donnent directement sur le port où sont amarrées de nonchalantes embarcations de pêcheurs.

Enfin la plage. Peu fréquentée, au sable noir et brulant le lieu nous rappelle que la région est volcanique.Plage-Procida

J’en profiterai pour faire un petit tour dans les ruelles désertes … ici c’est l’heure de la sieste.

Et toujours le linge aux fenêtres …

 Procida (8)

Puis c’est l’heure du retour. Après avoir quitté nos deux fées providentielles Elisabeth et Elsa, non sans un petit pincement au cœur, cette page leur est dédiée, nous reprendrons le chemin de l’hôtel. Demain sera un autre jour…

A très bientôt donc, pour le prochain billet … et une nouvelle rencontre.