Râmine, artiste et poète …

La mer est sa cour de récréation. Des côtes du Golfe Persique à celles de Norvège, du Labrador aux écueils de la mer d’Iroise, Râmine, probablement inspiré par les contes des “Mille et une nuits” de son enfance, n’arrête pas de peindre la mer et nous en dévoiler ses secrets.
Peintre onirique inclassable, qui se définit lui-même comme un “chercheur de sens et un confiseur d’histoire”, Râmine m’a entraîné le temps d’un week-end, dans son monde fabuleux et féérique consacré aux phares du monde, au premier plan desquels ceux d’une mer d’Iroise peuplée de ses légendaires gardiens.
Lors de l’évènement’ “Les belles journées de Brest” qui se sont déroulées du 2 octobre au 7 octobre 2018, Râmine a réalisé plusieurs tableaux, dont la mise en vente aux enchères, au profit de la SNSM et des Blouses Roses, allait être le point d’orgue de la généreuse opération.

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Bravant les éléments météorologiques du moment, entre deux averses il fait toujours beau à Brest, l’artiste, fidèle à ses engagements, a terminé ses toiles comme prévu le samedi 6 Octobre, place Wilson, à 16h précises. Le kiosque à musique bien connu des Brestois, symbolisant la lanterne d’un phare, sera transformé pour la circonstance en un  éphémère atelier d’artiste.

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Malgré la pluie et le vent, la générosité du gardien, dans sa traversée solitaire autant que solidaire sera largement récompensée. Toutes ses toiles, exposées aux Capucins en vue de la vente caritative, auront trouvé preneurs.
Un succès à mettre à l’actif d’une belle détermination. Bravo et merci à l’artiste !

Les organisateurs de la manifestation »Les belles journées de Brest », aux Capucins.

Pour en savoir un peu plus sur l’artiste, visitez son site.

Rencontre avec Victor Segalen (4)

Les Journées du Patrimoine 2018 nous ont, une fois encore, donné l’occasion d’évoquer la mémoire de Victor Segalen à travers une déambulation poétique qui conduira un petit public d’initiés entre sa maison natale, évoquée dans le premier article de cette série, et le jardin brestois qui porte désormais le nom du médecin-poète.
Ce petit jardin, situé près de la sous-préfecture Brestoise, borne le célèbre cours Dajot si cher à l’écrivain. Une stèle en sa mémoire fait face à la superbe rade de Brest.
Cette balade, organisée par l’Association des Amis de Victor Segalen arrive à point puisque 2019 se profilant à l’horizon, nous entrons dans l’année commémorative du centenaire de sa tragique disparition.

Menée de main de maitre par deux spécialistes de sa biographie et de son œuvre littéraire, Danielle Déniel et Gilbert Ellouet, le petit groupe de comédiens qui s’étaient déjà produits dans les jardins botaniques de l’hôpital maritime de Brest en septembre 2014 a souhaité s’associer à l’évènement pour interpréter quelques textes emblématiques de son œuvre.

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Ainsi sous un soleil typiquement brestois, furent évoqués “Correspondances” , “Stèles” et “Peintures” avec le très célèbre texte “Le tombeau de Ts’in”. Pas étonnant donc que quelques artistes chinois, résidents ou étudiants à Brest s’étaient joints pour la circonstance à cette évocation poétique.

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On ne saurait cependant terminer cette chronique sans faire un dernier détour en forêt d’Huelgoat sur les lieux où s’acheva son court mais si riche voyage, l’hôtel d’Angleterre et la stèle sur laquelle est inscrit : « Victor Segalen 1878-1919. Né à Brest. Médecin de Marine- Poète-Ecrivain. Décédé ici le 21 mai 1919 ».

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Conseils au bon voyageur
(Extrait de « Stèles »)

Ville au bout de la route et route prolongeant la ville : ne choisis donc pas l’une ou l’autre, mais l’une et l’autre bien alternées.
Montagne encerclant ton regard le rabat et le contient que la plaine ronde libère.
Aime à sauter roches et marches ; mais caresse les dalles où le pied pose bien à plat.
Repose-toi du son dans le silence, et, du silence, daigne revenir au son.
Seul si tu peux, si tu sais être seul, déverse-toi parfois jusqu’à la foule.
Garde bien d’élire un asile.
Ne crois pas à la vertu d’une vertu durable : romps-la de quelque forte épice qui brûle et morde et donne un goût même à la fadeur.
Ainsi, sans arrêt ni faux pas, sans licol et sans étable, sans mérites ni peines, tu parviendras, non point, ami, au marais des joies immortelles,
Mais aux remous pleins d’ivresses du grand fleuve Diversité.

Avec la participation artistique de Yaping Tian, Ji Li, Jean-Paul Goarzin, Jean Marie Philippe et notre très discret ami peintre calligraphe.

Hommage à Victor Segalen

 

Rencontre avec Victor Segalen (3)

Si les jardins sont souvent associés à la poésie, à la rêverie portée par la nonchalance, les cabinets de curiosités sont des espaces où l’imaginaire est en proie au questionnement. Ayant travaillé dans le domaine de la radiologie médicale durant de nombreuses années, sillonnant les départements de Bretagne ou d’île de France, j’ai parfois rencontré des médecins à la fantaisie surprenante. En fonction de leurs spécialités chacun rassemblait dans des vitrines, comme le font les chasseurs avec les trophées, des collections d’objets aussi invraisemblables que variés. Des fioles contenant je ne sais quelles pièces anatomiques, des insectes, des collections de radiographies ou de photos extravagantes, parfois dénuées de significations scientifiques, des instruments aussi insolites qu’effrayants, surtout lorsque l’imaginaire n’a pas les codes nécessaires à la compréhension. On a tous dans nos mémoires d’enfants l’image de la pince de l’arracheur de dents. Le musée de médecine navale de Rochefort est probablement l’un des plus complets à ce sujet.

Pas étonnant donc que les médecins voyageurs durent, au cours de leurs circonvolutions maritimes, croiser les chemins de médecines éloignées de leurs propres pratiques. L’échange étant toujours bénéfique à la connaissance, fidèles à la philosophie des explorateurs du Siècle des Lumières, les médecins et scientifiques rapporteront de leurs périples, échantillons de plantes, coquillages, papillons et une multitude d’objets inconnus voire mystérieux. Au 19ème et jusqu’au milieu du 20ème siècle se développèrent beaucoup de cabinets de curiosités.
La salle d’honneur de l’hôpital maritime de Brest fut à cet égard, de nombreuses années durant, le siège d’un vrai musée dans lequel on pouvait voir des collections de papillons, des écrits de personnalités, des photos anciennes, même une jambe de bois.

Jambe de bois sculpté provenant des îles Marquises

Bref, des objets provenant de différents continents, tous rapportés ou offerts par de généreux donateurs, au premier plan desquels bien évidemment Victor Segalen.
S’il m’est arrivé de répertorier ces collections d’objets lors de mon travail, je me souviens particulièrement d’une plaque de bois exotique noire, laissée par un donateur et dont la signification interpelait les plus érudits de nos médecins. Ces interrogations devaient éveiller en moi une certaine curiosité au point que j’en conservais une épreuve photographique, me disant qu’un jour peut-être je croiserais les pas d’un chinois, susceptible d’éclairer ma lanterne. En reprenant la lecture de « Stèles » je me suis remémoré l’existence de cette photo mystère dans mes archives. L’heure est venue de vous la proposer.

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Probablement que cette tablette servait à l’impression puisqu’il semble que les idéogrammes sont gravés à l’envers. Par un effet miroir, il est aujourd’hui possible d’avoir l’écriture dans un sens plus déchiffrable …. Alors, si par un heureux hasard, un spécialiste venait à lire cette page, je serais comblé qu’il m’informe du sens et du contenu du document.
Rien ne dit cependant que cette plaquette fut rapportée par Victor Segalen, mais la Chine ayant été sa cour de récréation et ses recherches archéologiques sources d’inspiration, peut-être qu’un lecteur attentionné pourra en décrypter le message et ainsi trouver l’énigme qui me questionne depuis tant de décennies.

Ainsi est née ma curiosité pour le personnage de Victor Segalen et ses poésies aux allures de carnets de voyages. Alors, tant qu’à commencer le voyage, continuons le encore un peu, en théâtre cette fois …. (la suite dans un prochain billet)