Brest (5)- La Main d’Œuvre se métamorphose.

Pour qui se rappelle du Port de Commerce de Brest des années 1950, de son activité économique, centrée sur la réparation navale et ses parcs à charbon dans une ville en reconstruction, ce bâtiment évoquera certainement quelques images surannées où l’on pouvait voir de longues files d’attente de personnes à la recherche d’embauches.
Port-Comm-Brest-01Travaux souvent précaires, toujours pénibles car demandant de grandes capacités physiques, c’est ici que très tôt le matin, dans le vent et le froid, le docker occasionnel pouvait espérer trouver un emploi pour la journée.
Le bâtiment de la Main d’Oeuvre, qui ces dernières années donnait du port de commerce une image peu reluisante, vient de changer de look pour se métamorphoser dans une architecture plutôt avant-gardiste.
Pole-Maritime (1)Seul témoignage discret de ce passé révolu, l’horloge a conservé, sur le toit de l’édifice, sa place majestueuse.

Pole-Maritime (6)  Port-de-Commerce-003
Tout un symbole pour rappeler peut-être que le temps reste encore, pour trop d’hommes et de femmes en recherche d’emploi, synonyme de travail et d’argent.
Les générations de dockers et des emplois précaires méritaient que j’attarde un peu mon regard, pour saluer leur mémoire.

Brest (4)- Fin d’un mythe ?

Une page maritime Brestoise, se tourne assurément avec le départ de la Jeanne d’Arc pour son ultime voyage funéraire ainsi que les premiers travaux de restructuration du plateau des Capucins.
Ces deux symboles sonnent-ils  le glas d’un passé industriel riche en inventivités, en rayonnement économique et culturel ?
Cette page maritime est probablement aussi importante pour la ville de Brest que ne furent en leurs temps la disparition du bagne, la déconstruction de la Grande Grue, symboles forts de l’identité locale.

Penfeld-Capucins-Oct-14

Bientôt cet ensemble d’ateliers va se métamorphoser …

Dans une ou deux générations, le plateau des Capucins ne représentera pour les jeunes brestois, qu’un lieu de Culture, une belle médiathèque à laquelle s’ajouteront restaurants, espaces de loisirs et autres temples commerciaux, dévolus à la consommation et à la distraction.
Pourtant, je voudrais, avant que cette page ne soit totalement oubliée, évoquer à travers ces quelques photographies, la mémoire ouvrière de l’arsenal de Brest et les prodigieuses réalisations technologiques qui sortirent de ses ateliers.

J’étais jeune adolescent dans les années 1960, lorsque, élève au Lycée Technique de Brest, je pus visiter avec mon professeur de mécanique ces ateliers impressionnants.
Il y régnait une atmosphère grandiose, loin de celle de l’atelier de mobylettes qui se trouvait alors au pied de l’immeuble que j’habitais, rue de Lyon, au centre ville.
Ici les machines outils étaient d’une taille colossale, dimensions inimaginables pour un public non averti. Il y régnait une atmosphère de labeur, de haute technicité, loin des clichés ironiques que certains, mal informés, me véhiculaient parfois sur “l’ouvrier de l’arsenal”.
Cette visite m’apprenait déjà  que la vie professionnelle technique à laquelle mon avenir était promis, s’annonçait riche et passionnante d’expériences techniques mais aussi fragile car constamment soumise à de sérieuses remises à niveaux. Les techniques de production et la technologie progressent à si grands pas qu’il est nécessaire désormais, pour survivre, de toujours être en capacité d’apprendre et de se former.
Cette visite en sera, à l’évidence, une belle prise de conscience.

Quelques années plus tard, mes études de mécaniques à peine achevées, je devenais acteur de cette vague de bouleversements industriels qui annonçaient déjà à travers l’industrie de la sidérurgie et de ses dérivés. Le chômage et la précarité.  Nous étions dans les années 1970, les  plans sociaux s’appelaient déjà : Sacilor, Peugeot, Berliet, Manufrance, Lip … Hé oui, le chômage n’est pas qu’une invention du XXIè siècle.
Pour Brest il faudra attendre les années 2000 pour que cette vague de restructurations voit se dessiner ses douloureux effets. Les ateliers du plateau des Capucins sont donc à ce titre les derniers témoins brestois de cette permanente mutation industrielle.

Plateau-Capucins

Dernières images d’une riche vie industrielle.

Capucins-atelier

Salles des machines désertées.

Capucins-Atelier-b

Abandon avant l’oubli.

Capucins-reflets

Regard nostalgique, d’un reflet encore poétique.

Engrenages

Engrenage immobile d’une horloge arrêtée, vestige d’une mécanique pourtant si bien huilée.

Four

Bientôt des fours à pizza ou micro-ondes de « fast food », prendront la place de ces montres dont on à peine à imaginer les températures qui étaient nécessaires aux cémentations et autres traitements thermiques les plus sophistiqués.

Tour-25m

Tour avec son banc de 25 mètres.

Sur ce tour à métaux, les plus grandes pièces cylindriques furent usinées, telles des arbres d’hélices et autres rectifications précises.

Geste

Pour le plaisir de voir encore une dernière fois la main de l’homme en action.

Machine-outils

Ici la machine outil s’écrit avec un grand M

Nature
Quand la nature reprend ses droits.
L’immensité des espaces, vides de machines et d’hommes confère au site, laissé en jachère, un goût étrange d’abandon.
Il est loin le regard d’adolescent que je portais sur les mains noueuses et noircies, de ces ouvriers émérites.
Le silence des lieux, cette absence d’odeurs d’huiles de coupe ont quelque chose d’étrange à ceux qui gardent le souvenir de la belle ouvrage.

 

Depart-Jeanne

Ne m’appelez plus « Jeanne d’Arc » »

Les oiseaux se cachent pour mourir, parait-il.
Dans le monde de la construction navale militaire, lorsqu’un navire part à la ferraille, on le débaptise …
Pour son dernier voyage la « Jeanne » deviendra donc la coque Q860.
C’est toujours mieux que de finir sur un bûcher, qu’en pensez-vous ?

A une autre époque, le Richelieu, construit également à l’ Arsenal de Brest, partagea avec la Jeanne d’Arc ce mythe des bâtiments d’exception.
Pour en savoir un peu plus cliquer ici.

Brest (3)– Naissance à l’Hôpital Maritime

De sieur Antoine Laurent à Victor Ségalen, il n’y avait qu’un pas …
L’ambiance était au beau fixe dans les jardins de l’Hôpital Clermont-Tonnerre, ces samedi 20 et dimanche 21 septembre 2014 .
Le ciel s’est même mis de la partie. En l’absence de cloche dans la chapelle de l’hôpital, l’aumônier avait dû donner le bon coup de fil qui s’imposait.

Le dimanche après midi, la terrasse du milieu du jardin botanique avait un petit air de
«Jazz sous les Pommiers», comme à Coutances.

La présence de l’excellent Orchestre de Jazz de l’Amirauté qui s’est associée à la troupe de théâtre le temps d’un échange, en présence de Mr le Préfet Maritime ainsi que de Mme la Députée Patricia Adam, donnait à la fête un parfum poétique et surréaliste qu’auraient certainement appréciés Flaubert et Victor Ségalen accompagnés pour la circonstance de ses ambassadrices chinoises.

Il semblerait que depuis les années 1935 aucune troupe de théâtre ne s’était produite dans l’enceinte de l’Hôpital, ces journées du patrimoine renouent donc avec cette tradition d’avant guerre ou musiciens et comédiens apportaient périodiquement un peu de distraction aux personnes hospitalisées. Une renaissance en quelque sorte

L’éphémère petite troupe Brestoise qui s’est produite ce week-end dans les jardins de l’Hôpital Maritime avait pour nom : « Les copains d’abord ». Comme quoi, il suffit parfois de louper le “Coche » pour redécouvrir l’esprit de la camaraderie.

Patrimoine-14-HIA (5)Etrange espèce.

(Crédit vidéo : Bruno Cornen, Antoine Laurent : Jean Marie Philippe,
Joseph de la Martinière : Hervé Ozem, Costumier : Erig le Goff, Texte : Paul Kersaudy)

Précisions sur les lectures de textes, le théâtre, la chorégraphie …

Lecture-Victor-Segalen

Evocation de Victor Segalen- Paul – Jean Paul (Photo Bruno Cornen)

Yaping

Interprétation par Yaping d’un poème en chinois, évocation de l’arbre. (Photo Bruno Cornen)

Yaping-Ren pingJPG

Yaping (gauche) et Ren Ping (droite) qui fera des démonstrations d’arts martiaux sur des lectures de poème de Victor Segalen et de poème chinois.

Malgré le peu de temps de préparation, trois semaines seulement avant ladite date et les moyens du bord que savent si bien gérer les marins, tous étaient prêts en temps et en heure. C’est avec l’oreille attentive de la Direction du Service de Santé des Armées et la complicité de Commissaire Christophe Lemagnent à qui nous avions proposé cette idée originale pour animer les journées du Patrimoine 2014, dans les jardins de l’Hôpital des Armées de Brest, que ce week-end automnal fut un véritable moment de convivialité et d’expérience artistique réussie.
Il est bon de rappeler que la pérennité et l’originalité de cette déambulation poétique appartiennent donc au petit groupe des 6 comédiens dont les noms suivent :
Jean-Marie Philippe, Jean-Paul Goarzin, Hervé Ozem, Yaping, Ren Ping et Paul Kersaudy. Les costumes sont de Erig Le Goff et un remerciement particulier à Bruno Cornen pour les photos et vidéos des séquences théâtralisées.

Pour le lecteur de cette chronique, la précision de l’annonce de cette naissance nous semblait nécessaire, toute autre revendication de paternité ne serait que pure fantaisie …

Patrimoine-14-HIA (15)

Moment de pause et de convivialité