Un drôle de blues …

D’un côté un homme de lettres,
De l’autre un homme des notes
Entre les deux rien ne dénote
Car, si l’un fut de droite,
Et l’autre un peu gauche
Une nation entière les pleure.
Certains comme Madeleine
Chevauchant une bruyante Harley,
Quand d’autres, invalides,
Au temple silencieux des Immortels,
Bayent simplement, aux Corneilles.

L’année 2017 ainsi s’achève
Avec son cortège de nouvelles
Bonnes ou mauvaises,
C’est tous les ans pareil.

Lui aussi, jouait de la guitare,
Et aimait ses crayons, qu’il tournait à foison
Soldat inconnu, des Arts et des Lettres
Discrètement, cette année, mon ami est parti
Il avait un beau prénom, il s’appelait Charly.

Les crayons de Charly

Etre femme à Douarnenez

La journée de la femme m’a donné l’occasion de ressortir quelques photos que j’avais immortalisées lors de l’une de mes nombreuses visites dans ce Port de Douarn comme on le nomme ici. Ce nom de port de pêche du Finistère, rendu si célèbre dans les années 1920, époque de la crise sardinière, où les femmes, en particulier, jouèrent un rôle primordial dans l’émancipation de leur condition ouvrière.

Affiche éditée en 1982 par la CGT Pays bigouden à l’occasion d’un débat sur les grèves des sardinières des années 1926-1927

Le tempérament rebelle perdure au sein de cette cité de caractère, dominé par l’esprit féminin, jamais à court d’arguments, pour défendre “leurs causes”.
Non seulement il perdure, mais il se transmet de générations en générations de Penn Sardin comme en témoigne cette initiative conduite par Sylvie Contant et la Compagnie des Praticables en 2015, consacrée à la mémoire féminine douarneniste à travers la réalisation d’une exposition de photos, affichées un temps sur le mur de la station service du port de pêche.

Cette exposition éphémère n’est plus, c’est dommage. Heureusement que l’éphémère se mémorise très bien de nos jours avec le pouvoir magique de la photographie. J’attendais un moment propice pour vous délivrer ma collecte originale, et partager le souvenir de l’esprit qu’elle transmet. Avec la journée de la femme qui vient de se dérouler cette semaine, le moment est venu de vous les présenter …

Alors revisitons ensemble un petit passé de Douarn, entre la rue Monte au Ciel et le Petit Barbizon, face à l’île Tristan, gageons qu’il plane encore pour longtemps à Douarnenez et ailleurs dans le monde, l’esprit frondeur et résistant féminin pour qu’il sème encore plus de rues  : “Au nom d’elles”.

Par trois panneaux, Sylvie Contant oriente les visiteurs sur sa démarche, dont voici un extrait : « Ce qui m’importait avant tout dans cette démarche, c’était de proposer des noms en lien avec la ville, des noms de femmes qui parlent aux gens, dont ils se rappellent ou qu’ils vont découvrir. Renommer par exemple le parking des Halles, face à l’usine Chancerelle, « Place des Usinières », le quai du Rosmeur, « Quai des Patronnes de Bars », puisque sur le port ce sont des femmes qui, pendant des années ont tenu ces commerces. Des noms de Résistantes aussi, Madeleine Gestin, Marguerite Seznec, Eugénie Kérivel qui s’est proposé de se faire fusiller par les Allemands avec son mari, à la place du jeune Guy Moquet. 3 noms parmi d’autres car elles furent nombreuses. » – Les portraits et reprises de photographies des panneaux sont à mettre au crédit de Sophie Morice-Couteau.

Rue éphémère « Aux noms d’elles »

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Et comme cette collection de femmes ne me semblait pas totalement complète, j’en ai rajouté quelques autres, anonymes au regard de beaucoup de visiteurs de ce blog, mais toutes authentiques, de Douarn et pas inconnues de tous, je peux vous l’assurer. C’est ici que j’ai passé mon enfance, sous haute protection féminine au lendemain des sombres années de guerre dans ce Dock de L’ouest, à deux pas du Bolomig, rue Jean Bart, autre personnage emblématique de cette belle cité de caractère.

 

A bientôt, pour un autre sujet. Douarnenez, j’y reviendrai, avec d’autres photos …

N7- Visite au Facteur Cheval

Il faut parfois s’écarter des chemins battus pour découvrir quelques espaces surprenants et insolites, tant l’imaginaire humain est fécond et riche d’initiatives. L’art brut comme l’art premier sont des modes d’expressions qui m’ont toujours interrogés. Je ne suis pas spécialiste en la matière mais ce qui les caractérise à mes yeux c’est cette sorte de spontanéité, de folie créatrice, qui donne à celui qui en est atteint une puissance poétique telle, que la mise en œuvre du projet parait bien dérisoire au regard des limites de la pensée.
facteur-cheval-10En passant à Saint Vallier nous ne pouvions pas bouder notre plaisir de faire un petit détour de quelques dizaines de kilomètres pour nous rendre à Hauterives.
Tout le monde a déjà entendu parler du Facteur Cheval et de son mystérieux “Palais Idéal”. Ce monument, inclassable sur le plan architectural, n’a obéi à aucune règle de construction. Long de 26 mètres, sur une largeur de 14 mètres et d’une dizaine de mètres de hauteur, il sort de l’imagination d’un homme seul, Joseph Ferdinand Cheval (1836-1924).

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Façade Nord dans l’ombre – Façade Est éclairée

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Plan donné à l’entrée du site.

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Façade Sud

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Façade Sud

C’est, parait-il, en faisant ses tournées de facteur, que cet homme puisa au plus profond de son imagination, ce projet un peu fou. L’idée lui serait venue en butant dans une pierre. Il est vrai que les longues tournées de facteurs étaient, à l’époque de la marche, sources de beaux instants de méditation, de rencontres, de périodes de solitudes et de productions mentales.
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Façade Nord

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Commencé à l’âge de 43 ans, ce qui laisse ici au lecteur le temps de méditer sur ses propres projets, il terminera son œuvre 33 ans plus tard. Temple Indou, Egyptien, Source de la sagesse, Mosquée, tous les styles, toutes les influences se mélangent dans un désordre calculé et fantasque.

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Chaque niche, chaque grotte, chaque recoin porte un message inspiré.

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Sa brouette est désormais devenue objet de dévotion.

Attestant que c’est seul qu’il construisit son palais, il terminera par l’édification de son propre tombeau, dans le petit cimetière du village de Hauterives. Il mettra 8 années à le bâtir, avant d’y finir ses jours, à l’âge de 88 ans.

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Tombeau de Ferdinand Cheval – Cimetière de Hauterives.

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Et à très bientôt pour la suite du voyage.