Sein, une île du bout du monde.

Entre ombre et lumière, poésie et nostalgie, paix et tourment, Sein n’est probablement pas tout à fait une île comme les autres. Chaque fois que j’y reviens les lumières sont différentes, et les images que j’en rapporte, mille fois revisitées, ne me procurent pourtant aucune lassitude tant elles se révèlent être source de voyages intérieurs intenses où se mêlent à la fois souvenirs d’enfance et sentiment étrange d’appartenance aux lieux.

Que mon regard se porte vers Tévennec ou Armen et bien plus encore vers cet horizon nord américain, chaque point cardinal est un éphémère point d’ancrage à une pensée vagabonde.

Dans un hommage à Jean-Pierre Abraham, Hervé Bellec faisait un parallèle entre le livre « Armen » et les expériences solitaires de Jacques Kérouac. Sûr qu’un passage sur cette terre de bout du monde, ne laisse pas indifférent.

Raz-Sein-Oct2012-Matin

La traversée en ce matin d’automne 2012 se fera dans le brouillard. Le soleil s’est levé il y a peu et donne à la mer des reflets fantomatiques dignes des ambiances décrites par Anatole le Braz dans « Un voyage à l’île de Sein ».

Raz-Sein-PecheursLes pêcheurs de bars sont déjà à pied d’œuvre depuis plusieurs heures.

Raz-Sein-Pecheurs-BarsAprès une heure de traversée c’est l’arrivée.

Men-Brial-CaleIci la cale du Men Brial à marée basse.

Quai-des-PaimpolaisQuai des Paimpolais

Quai-Francais-LibresQuai des Français libres

Phare-du-Gueveur

Après avoir longé le quai des Français libres nous arrivons au sud de l’île, près du phare du Guéveur. On fait parfois des rencontres insolites sur cette île.

Qui-voit-Sein-1

« Qui voit Sein voit sa fin ». Aujourd’hui, nous découvrons, échoué sur la grève, venant d’on ne sait quel hypothétique naufrage, un cercueil éventré.

Phare du Guéveur exposé aux vents dominantsIle-Sein-1

 

 

 

 

 

 

La « lame sourde », illustrée par la pièce de théâtre de Jeanne Nabert, contraste avec le calme des rochers aux formes plastiques et l’attitude contemplative d’une jeunesse en quête de sérénité.

En quittant le Gueveur en direction du phare.

Sphinx-2      ChapelleLe Sphinx (à gauche), la chapelle St Corentin (à droite).

Plas-Ar-ScoulL’amer de Plas ar Scoul qui borne avec le phare Goulenez l’ouest de l’île.

Phare-Goulenez

Sein-ArmenPar chance, nous pouvons apercevoir le phare d’Armen. (photo,focale 105mm).
Latitude 48°36′, en face, en ligne de mire, St Pierre et Miquelon.

Ile-Sein-3Du haut du phare, la vue sur l’ile est tout simplement magnifique. J’ai à cet instant précis de la prise de vue, une pensée pour mon grand-père Daniel Ropart, gardien de phare à Armen en 1923. Mais là bas c’était l’Enfer, ici un petit coin de Purgatoire Quant au Paradis, j’ai encore un peu de temps devant moi, du moins je l’espère.

Parcelles-vue-du-phareL’île était jadis fractionnée de petites parcelles de terre. La prise de hauteur permet encore d’en distinguer les contours. Simple lopin de terre cultivée ou maigre espace pour vache solitaire.

Epave-marineGalets-tour
Les attentions poétiques de touristes romantiques ne doivent pas faire oublier
que la mer nature est parfois violente et cruelle. La force des vagues s’illustre ici par des fragments de moteurs d’épaves chahutées du plus profond des abîmes et venus s’échouer ici à deux pas du Guéveur.

Cote-NordAujourd’hui la côte nord de l’île, entre phare et bourg, est particulièrement paisible et cet après midi d’automne, aux lumières saturées, donne au paysage un parfum d’exotisme.

Croix-de-LorraineEn mémoire d’une période révolue, où l’Angleterre accueillait « le quart de la France » (de Gaulle)

Ile-Sein-4Tourne pierre à collier (gauche haut)-Cormorans (gauche bas).
Mais l’insularité est aussi fragile, ce que rappelle ici la plasticienne Valérie Strullu par des travaux graphiques qu’elle a proposés sur l’ile de Sein en 2010 et Molène en 2009. (affiche photo de droite).
Au fait il me semble avoir déjà rencontré ces signatures graphiques ailleurs …pas vous ?

Men-BrialMais le phare reste pour moi le symbole fort de ces voyages insulaires tant il représente pour le monde des marins la présence protectrice humaine. Hélas aujourd’hui plus aucun phare n’est habité. Entretenus à minima, la question de leur longévité est désormais posée. La mécanisation, la robotisation du monde ont eu raison des grandes aventures de ces gardiens de feux. Probablement qu’un jour, Armen et les autres phares de pleine mer rejoindront à jamais les légendes des villes englouties.

Ruelle-Clair-obscure-1 Ruelle-Clair-obscure-3 Ruelle-Clair-obscure-8Ruelle-solitude Sein-ruelle-1 Ruelle-solitude-1Paradoxe d’une île si horizontale, quelques mètres seulement au dessus du niveau de la mer, les ruelles sont comme des lucarnes verticales laissant filtrer le clair obscur.Rue-Le-Borgne Deco-2 SNSMImagination et couleur apportent une touche artistique à un environnement parfois hostile.

Ruelle-Couleur  Sein-artiste Transport      La carriole reste le moyen de transport le plus approprié à l’étroitesse des ruelles.

Eglise-St-GuenoleL’église St Guénolé et les 2 causeurs restent les symboles emblématiques de l’île.

CimetiereToujours un phare, une lumière même dans les lieux les plus obscurs.

Le-grand-MonarqueAprès une dernière visite au Grand Monarque, ancienne habitation des
gardiens de phares.

TevennecUn dernier regard sur Tévénnec, la baie des Trépassés et une pensée pour ces âmes errantes.

DauphinTiens c’est peut-être la réincarnation d’un ancêtre, gardien de phare à Tévennec, emporté par une lame en 1908 et venu me saluer au départ de l’île.
Pour moi, ce dauphin là ne s’appelle pas Jean-Louis, mais Alain-Marie.

 Le gardien du phare
aime trop les oiseaux

Des oiseaux par milliers volent vers les feux
par milliers ils tombent par milliers ils se cognent
par milliers aveuglés par milliers assommés
par milliers ils meurent

le gardien ne peut supporter des choses pareilles
les oiseaux il les aime trop
alors il dit Tant pis je m’en fous !

Et il éteint tout

Au loin un cargo fait naufrage
un cargo venant des îles
un cargo chargé d’oiseaux
des milliers d’oiseaux des îles
des milliers d’oiseaux noyés.    (Jacques Prévert)

Mais les îliens sont aussi des poètes. Il y avait , sur l’île, jusqu’aux années 1960, un estaminet au nom évocateur  de « O 20 100 O ».  Tout un programme.

Que cette île qui a inspiré tant d’écrivains, de cinéastes, d’artistes, garde son âme maritime authentique et que le vent du large apporte à ceux qui s’y rendent toute la poésie et la sagesse des gardiens de phares solitaires, valeureux serviteurs du monde maritime.

Ephémère chrysalide

Oursin-aa

Vestige de la Cité engloutie du Roi Gradlon,
Surgissant des abyssales profondeurs du monde de Némo,
Un oursin géant s’offre à mes yeux incrédules.
Sur cette plage déserte, guettant le crépuscule,
Sémaphore improbable, aux fantômes épines,
Le hérisson des mers à la rondeur plastique,
Enferme dans ses entrailles aux viscères poétiques,
Plus de mille écrits, comme autant de secrets.
Contre vents et marées, éphémère chrysalide,
Rayonne pour longtemps encore, ton art  illumine.

Photos réalisées en aout 2012 sur la plage de St Julien en Poulgoazec.Oursin-2 Oursin-1

Un millier de mystérieux cônes messagers

Un millier de mystérieux cônes messagers

Oursin-5

Œuvre de l’artiste Japonais Teruhisa Suzuki intitulée « La coquille » réalisée en partenariat avec le Lycée Professionnel « Jean Moulin »      Plouhinec 29780 dans le cadre de l’édition 2012 de « Art à la Pointe ».

Sous le regard bienveillant
de l’église St Julien.

Philadelphie, ville aux 3000 fresques

Il serait réducteur de résumer la ville de Philadelphie à un immense «showroom» d’Art Mural.
Philadelphie-4Phil-Architecture-182Berceau de l’indépendance américaine depuis le 4 juillet 1776, Philadelphie est probablement l’une des villes les plus francophones des Etats-Unis depuis qu’en réaction aux lois anglaises, la population «rebelle », soutenue par l’amitié et l’alliance française, décréta l’arrêt des relations commerciales avec l’Angleterre .
Phil-Building-125Rappelons ici le rôle fondamental de la marine Royale Française dans le processus d’aspiration à la liberté de la nouvelle nation. Probablement aussi que les inspirations du « siècle des lumières », venues de la vieille Europe, laisseront ici quelques traces indélébiles, nourricières de ce génie américain, propice à innover dans beaucoup de domaines et en particulier celui des Arts. Rien de tel qu’une déambulation à travers une ville pour y puiser l’ambiance et l’atmosphère qui la caractérise.
Au programme pour ces quelques jours de halte, en dehors des circuits classiques touristiques obligés, la visite du « Woodturning Center » Association internationalement réputée pour ses travaux artistiques de tournage sur bois, dont je suis friand, puis une déambulation tranquille à la découverte des vieux quartiers de Philadelphie et de son port.

Centre ville

Centre ville

Mais revenons à nos peintures et au programme de fresques murales (Philadelphia Arts Program).
J’avais préparé de longue date ce circuit original, dont j’avais déjà entendu parler, et dont je souhaitais rapporter quelques photographies.
Sur les 3000 peintures murales répertoriées en 2011, je vous livre ici un petit aperçu haut en couleurs cependant de ma cueillette photographique. Si vous passez un jour par cette ville, en dehors de la cloche de l’indépendance et des très académiques musées, aux coûts d’accès souvent onéreux, profitez pleinement de cette balade qui en vaut le détour. Ici l’art s’offre gratuitement aux yeux des passants. Clin d’œil aux messages universels légués par le siècle des lumières ?

Beaucoup de fresques sont situées au niveau des enceintes de parking.

Beaucoup de fresques sont situées au niveau des enceintes de parking.

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Phil-69Phil-74Phil-a-117

Résultat d’un programme éducatif ambitieux qui tend à canaliser les expressions artistiques populaires par un travail de revalorisation des quartiers. La jeunesse et les habitants sont associés aux travaux d’embellissement des façades d’immeubles et du mobilier urbain afin que les tags et autres graffitis puissent être transformés en de véritables œuvres d’art.
L’expression picturale se gratifie au passage, avec l’aide d’artistes expérimentés, en de gigantesques fresques murales, sans pour autant étouffer la liberté d’expression des auteurs.

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Ici la fresque est entièrement réalisée en mosaïque

 

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Petit clin d'œil à la France ....

Petit clin d’œil à la France ….

et à son ancienne monnaie.

et à son ancienne monnaie.

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Détail graphique de la partie droite de la main

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L'art mural est aussi présent chez les pompiers.

L’art mural est aussi présent chez les pompiers.

Au jardin d'enfants ...

Au jardin d’enfants …

Détail de la décoration murale d'un jardin d'enfants dont chacun appréciera la recherche esthétique.

Détail de la décoration murale d’un jardin d’enfants dont chacun appréciera la
recherche esthétique.

Phil-Glide-179  Phil-Fourmi-163
De la peinture, à l’image ou la sculpture, tout support est prétexte à expression artistique.

"Melting pot" social, la ville se regarde aussi en Noir et Blanc

« Melting pot » social, la ville se regarde aussi en Noir et Blanc

Toute forme d’expression a cependant ses limites …

Phil-Law-100Phil-Dont-Walk-178

Ce programme fera des émules dans d’autres villes des États-Unis mais aussi à travers le monde. Beaucoup d’autres cités s’inspireront de cette démarche éducative pour lutter contre la prolifération anarchique des tags, expressions graphiques souvent dégradantes et peu esthétiques.

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Hotel Skyview Plaza, lieu de notre séjour.